13. De la libération jusqu’au retour à la maison.

Posté le : 26/06/2025 par doudi.

Il est presque 18h30 lorsque je quitte la voiture des flics, cela fait donc un total de 51 heures de détention… Je me dirige droit vers ce petit groupe de personnes. Évidemment, je commence par prendre Pascaline dans mes bras et la serrer fort (mais pas trop, avec son dos en vrac, ce ne serait pas raisonnable). Nous pleurons instantanément, l’émotion est à son comble. Je m’excuse de l’avoir mise dans cette situation, et nous restons ainsi un petit moment, nous serions bien restés plus longtemps si nous avions été seuls, mais il s’agit de ne pas négliger les autres qui ont œuvré en mon absence.

Je remercie l’avocat, nous échangeons quelques rapides mots, puis, sans doute par pudeur, il s’excuse pour mieux nous laisser à nos retrouvailles. Puis je tombe dans les bras d’Hervé, et je pleure à nouveau. Je le remercie chaleureusement pour tout ce qu’il a pu faire, ou plutôt ce qu’ils ont pu faire, avec son épouse. C’est colossal, c’est généreux, c’est d’une bonté et d’un dévouement incroyable, nous leur devons une reconnaissance éternelle, ils méritent toute notre gratitude.

Je vous évite la partie mélodramatique, où nous passons notre temps à pleurer, à nous faire des accolades, à le remercier, et à verser encore quelques litres de larmes.

Nous avons, chacun de notre côté, de très nombreuses questions, chacun ayant vécu cet épisode de façon très différente. Mais tout aussi dramatique ou traumatisante pour les uns que pour les autres, visiblement.

Je découvre comment Pascaline a été raccompagnée (dans notre Porsche) à l'hôtel de police, comment elle aura été interrogée par la même femme que moi après plus d’une heure d’attente sur une chaise pourrie alors qu’elle est handicapée, comment cette femme aura tenté de manipuler sa déposition, ou en tout cas d’influencer ses réponses.

Puis comment Hervé aura la présence d’esprit de vider notre voiture (grâce au double des clés qu’avait gardé Pascaline), pour récupérer les affaires essentielles : médicaments, affaires de toilette et vêtements, ainsi que tous les éventuels objets de valeur ou d’importance (carte bancaire, carte grise, carte Handicap etc).

Hervé devant nous abandonner aussitôt que possible, nous nous dirigeons vers sa voiture. En route, nous passons un coup de fil à Patrick (chipie7), pour lui donner les dernières nouvelles, et faire couler quelques larmes supplémentaires entre deux sanglots et nœuds dans la gorge. Hervé nous ramène jusqu’à Lunéville (40 kilomètres, tout de même !), et nous accompagne jusqu’à l’appartement que nous a réservé notre fille. Nous récupérons toutes nos affaires, une dernière accolade, une dernière embrassade, et nous lui souhaitons bon retour chez lui et surtout bon voyage après toutes ces émotions : il doit prendre un avion de très bonne heure le lendemain matin, et il a encore au moins quarante minutes de route avant d’arriver chez lui.

Nous prenons possession des lieux, je me sens instantanément bien et en sécurité dans cet appartement. Forcément, quand on compare à une cellule de garde à vue, il n’y a aucune comparaison possible !

Une des toutes premières choses que je vais faire : prendre une douche. Pascaline m’avouera bien plus tard que… (elle prendra des gants, mais en gros…) je puais ! Pouvoir se frotter fort sous la douche, se savonner, et se sécher dans une bonne grosse serviette, on oublie à quel point c’est agréable et bénéfique.

Deuxième chose qui me faisait envie : manger convenablement ! Faut dire que depuis plus de deux jours, je n’ai quasiment rien mangé ! Nous nous dégotons un petit restaurant bien noté, pas trop loin, où nous nous lâcherons un peu. Et nous ne serons pas déçus ! Ces “petites choses” nous font un bien fou.

Lunéville semble être une assez jolie petite ville, ce que j’avais pu en voir lors de mes différents transferts auraient dû me donner envie d’en voir davantage, mais ni Pascaline ni moi n’avons envie de faire du tourisme en ce lieu chargé d’ondes négatives. D’autre part, il se fait tard, et la fatigue, tant physique qu’émotionnelle, se fait largement ressentir.

Nous rentrons au gîte, et la nuit va pouvoir commencer. Elle sera tourmentée, peuplée de cauchemars, de réveils nocturnes, de longues phases de “réflexion”. Ça tourne, ça vire, ça gamberge, bref, même si la literie est au top, la nuit ne sera pas de tout repos. Et le réveil nocturne -toujours autour de 2h30 du matin- ne sera pas de nature à me rassurer sur les effets à plus long terme de cette “expérience”. J’ignore pourquoi, mais ce réveil nocturne va me hanter encore longtemps.

Pascaline a déjà organisé notre rapatriement. Plusieurs personnes s’étaient proposées (encore un grand merci à elles), mais ce seront finalement notre fille et notre gendre qui vont venir nous récupérer. Ils auront dû poser chacun une journée de congés, et se lever au milieu de la nuit afin d’être sur place assez tôt. Eux aussi auront droit à toute notre gratitude pour ces efforts dont ils se seraient bien passés.

Arrivés à l’aube, notre première étape consistera à aller à l'hôtel de police pour récupérer la “levée de la saisie”. C’est ma fille qui s’y colle, qui va tout prendre en charge, je n’ai aucune envie de rentrer dans ce lieu maudit. Elle y passera bien -au moins- un quart d’heure. Entre ceux qui ne comprennent rien, ceux qui ne savent pas, ceux qui ne peuvent rien faire, et ceux qui regardent sans rien faire… ça n’a pas été simple, mais débrouillarde comme elle est, elle a fini par y arriver. Ils oseront quand même lui demander si elle a bien le permis pour pouvoir récupérer la voiture…

Deuxième étape, trouver la fourrière. Là encore, la plupart des flics prétendent ne pas savoir, à croire qu’ils ont décidé de nous faire ch*** jusqu’au bout ! On finira par apprendre que c’est un garage en sortie de ville qui fait office de fourrière. Allez, en route ! Se faire conduire par ses enfants est toujours un peu troublant, autrefois c’est nous qui les conduisions, j’ai l’impression d’entrer dans le quatrième âge, en tout cas si je suis fier d’eux, en revanche je n’ai pas de quoi être fier de moi…

Arrivés à la fourrière, nous procédons au paiement, et allons récupérer la voiture. Petit tour rapide, elle est intacte, ouverte, mais intacte. Soulagement.

Ce sera ma fille qui va prendre le volant. Elle a déjà conduit la 911 cabriolet, et puis de toute façon elle conduit bien, je ne suis pas inquiet, ça va bien se passer. Juste le temps pour elle de prendre ses marques et d’apprivoiser la bête. C’est sûr, ça change de sa Tesla !

Nous rentrons donc à deux voitures, avec des pauses bienvenues pour ma pilote qui soufre quand même de la difficulté de conduire cet engin de torture ! Ce qui a été génial, c’est qu’au fil des kilomètres, elle gagnait en confiance, et arrivait même à se faire plaisir parfois sur quelques accélérations. Un pur bonheur partagé, tout ce que j’aime.

Une fois arrivés à bon port, nous profitons encore un petit peu d’eux, mais ils doivent nous abandonner, ils ont encore de la route pour rentrer chez eux. Nous les embrassons bien fort. Nous ne les remercierons jamais assez, nous leur devons une fière chandelle, ils ont toute ma reconnaissance.

Mon état global n’est quand même pas au top, sur de nombreuses recommandations d’amis (que je remercie chaleureusement également à nouveau, ils se reconnaîtront), je décide de consulter un médecin pour lui expliquer ce que je viens de vivre, les conséquences immédiates et les “effets secondaires”. Il me conseille du repos avec un arrêt de travail, et des anxiolytiques lors des phases de stress. Il me conseillera également de consulter un psy.

Et puis la vie doit reprendre son cours, mais je ne reprends pas le volant, c’est Pascaline qui devra s’y coller pour aller chercher de quoi manger et passer à la pharmacie prendre mes pilules. J’ai mal pour elle, elle va devoir reprendre le volant plus que de raison, tout ça par ma faute…

4 commentaires :

undy le 2025-06-26 :

Se contenter de plaisirs simples quand on a été privé de liberté !!

noir mat le 2025-06-26 :

Je suis de tout cœur avec vous...........

JOJOLABRICOL le 2025-06-26 :

Lire ce récit réconforte et e réjouis, enfin le soleil sort un peu le bout de son nez, retrouver ses  proches avec les petits plaisirs simples de la vie...qu'est-ce-que ça fait du bien après une telle épreuve!

Budybudy le 2025-06-27 :

Je suis aussi de tout cœur avec vous!...