Le Blog de doudi

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Posté le :27/06/2025

A propos du titre :
Je vous parle d’un temps,
qu’les moins d’quarante ans,
ne peuvent pas connaître…

Pour ceux qui ne connaissent pas, un petit rappel en vidéo d’une pub culte :

Sauf que pour Kiss Cool, il n’y a que deux effets (enfin il existe aussi une variante avec trois effets - clic).
Dans mon cas, il va y en avoir “un peu” plus… Pas mal de bouleversements dans notre vie et notre quotidien :

Le premier effet Kiss Cool.

Comme dans la pub, le premier effet Kiss Cool, il n’est pas catastrophique. Stressant, mais pas catastrophique : j’ai passé les dix jours qui ont suivi la garde à vue dans un épais brouillard, dans le déni aussi, et dans une forme de sidération. Bref dans un état un peu léthargique, d’abandon de soi, et totalement abattu. Mais avec les anxiolytiques, on plane un peu, et donc on n’est pas stressé.

Et puis progressivement le quotidien reprend le dessus. Je ne peux dignement pas continuer dans cet état là, d’autant qu’il va y avoir des choses à faire, et sans doute des décisions à prendre.

Le deuxième effet Kiss Cool.

La première des choses à faire, c’est d’appeler mon assureur. Nous n’avons pas fait de constat, mais il faut quand même bien l’informer de la situation, car il va recevoir le constat par l’intermédiaire de la police, et ce serait plus honnête que je prenne les devants.

Ayant une relation quelque peu privilégiée avec lui, je lui passe donc un coup de fil, et je lui explique dans les grandes lignes la situation. Son inquiétude est palpable, et il m’explique ce que je dois faire, et surtout ce que je dois anticiper :
La première chose à faire, c’est de lui faire un email pour déclarer l’accident, afin d’ouvrir un dossier de sinistre. En indiquant les circonstances.
La seconde, c’est de lui faire parvenir la condamnation pénale (ça, j’avoue, j’appréhende, car l’ordonnance mentionne le rodéo et la mise en danger d’autrui).
Il m’explique que comme mon permis est suspendu, il ne peut plus m’assurer : On ne peut assurer une voiture qu’à une personne qui a le permis. Hors, comme j’ai été suspendu, mon contrat est résilié de fait. Gloups.

Après quelques échanges pour faire le tour des possibilités, il va tenter de passer les contrats au nom de ma femme, mais comme elle est “malussée”, ça risque d’être compliqué et onéreux, et il n’est pas certains de réussir à le faire passer auprès du siège (il est courtier).

J’évoque une alternative “assurance garage”, mais il m’explique que ce n’est pas possible : Si la voiture est roulante, et qu’elle est volée, je suis entièrement responsable et l’assurance ne prendrait pas en charge les dommages causés aux tiers (et encore moins ceux aux véhicules). Et dans un cas comme ça, ça peut vite se chiffrer en millions, autant dire, on ne va pas jouer. Pour qu’une assurance “garage/réparation” soit mise en œuvre, il faut que les roues soient démontées, et que le moteur ou la boîte de vitesses soit également déposé.
Depuis une loi “Badinter”, tout véhicule roulant doit être assuré.

S’il ne garantit pas de pouvoir basculer les contrats, il m’incite à prendre les devants : Contacter plusieurs assurances, demander des devis, et consigner les refus : Au bout du compte, si j’obtiens un certains nombre de refus, je peux m’adresser au Bureau Central de Tarification (le BCT), qui “contraindra” une assurance à m’assurer… Mais à ses conditions. Autant dire, au prix de l’or ! Quand je vois déjà ce que je paye pour une Citroën AMI par an au tiers, je n’ose imaginée ce que ce sera pour des véhicules de prestige allemands de plus de deux cents chevaux…

Nous évoquons ensuite le cas des autres autos, celles du quotidien, qui sont chez un autre assureur. Là encore, il m’invite à signaler toute de suite la suspension de permis : pour les mêmes raisons : s’il arrive un sinistre avec un de nos véhicules, et que l’assureur découvre que j’ai été suspendu (même si je ne suis pas au volant), il peut se rétracter, et on se retrouverait dans une situation totalement catastrophique. Et même bien après la suspension de permis, si j’avais un sinistre dans les cinq ans qui suivent, si l’assureur a connaissance de la suspension, il pourra se dédouaner. Comme tout joueur sérieux au casino, je pense que j’ai déjà bien assez perdu, il est temps d’arrêter de jouer.

Le troisième effet Kiss Cool.

Nous déclarons donc ma suspension à notre autre assureur, qui nous demandera aussitôt de lui fournir l’ordonnance de condamnation. Et là, le moins qu’on puisse dire, c’est que ça n’a pas trainer. En moins de 3 jours, je recevais un recommandé, je suis radié. Expéditif !

Il va falloir se mettre en recherche d’une nouvelle assurance. Le bon côté des choses, c’est que sur cette assurance, il y avait ma fille et moi. On va donc ne laisser que ma fille pendant au moins les huit mois de suspension, et après, on avisera, tout en sachant que ce sera au moins aussi compliqué que pour les véhicules de prestige… Et au moins aussi cher que pour la Citroën Ami (ça me rend fou !!).

Le quatrième effet Kiss Cool.

Sans voiture, nos vacances deviennent impossibles, surtout là où nous avions réservé. Que ce soit en Normandie au 14 juillet, dans les Alpes fin Juillet, ou dans le massif central début Août, chacune de ces destinations est loin d’une gare, et Pascaline ne sera vraiment pas en état d’assurer. Donc “exit” les vacances, et surtout, il faut se dépêcher d’annuler les réservations pour ne pas perdre trop des acomptes versés. Trois destinations, trois annulations, la mort dans l’âme. Un vrai déchirement, car ces vacances avec des amis ont toujours beaucoup compté pour moi. Mais là, force est de constater que rien ne pourra s'emboîter correctement, rien ne pourra se faire dans de bonnes conditions pour nous. Vraiment. Bye bye les vacances en voiture en France (et les pertes financières continuent de s’accumuler).

Le cinquième effet Kiss Cool.

Toujours pendant ces dix jours postérieurs à la GAV, malgré la prise des anxiolytiques, je ne peux m’empêcher de gamberger, tout me ramène toujours à cette histoire, à un épisode ou à un autre, mais je ne pense qu’à ça. Pascaline ayant rendez-vous chez notre médecin une semaine après notre retour, je m'incruste à la consultation (avec l’accord de notre médecin), je lui raconte l’histoire, surtout, je lui indique à quel point je gamberge. Elle me demande ce que je prends, et n’hésite pas une seconde : elle me prescrit un truc qui endormirait un cheval en pleine crise de rage. Elle précise que c’est à prendre principalement dans les moments de stress, et non pas continuellement. J’en prends un chaque nuit depuis, et… je dors profondément. C’est toujours ça de gagné. Je dois rester vigilant, ces trucs sont classés triangle rouge niveau 3, donc on évitera de conduire avec…

Le sixième effet Kiss Cool.

C’est pas le tout, mais… Va falloir retourner bosser, et gagner sa croûte pour payer toutes ces conneries ! Jusque là, je prenais systématiquement la voiture. Les deux ou trois étés derniers, je prenais ma trottinette électrique, mais je l’ai revendue depuis. Donc, il va falloir trouver une autre solution, et vite ! Fort heureusement, il me reste encore mon vélo à assistance électrique (VAE). En dépannage, et par beau temps, “ça va le faire” (expression de jeune pour dire que ça devrait me permettre d’aller bosser dans de bonnes conditions).
Le côté positif, ça fait faire du sport. Ce n’est pas comme si je n’en faisais pas déjà, mais je dois admettre que par beau temps, c’est agréable.

Mais le beau temps, même avec le dérèglement climatique (qu’on voudrait nous faire croire qu’il est du à nos vieilles trapanelles), ce n’est pas éternel. “Winter is coming”, pour ceux qui ont la référence (la série “Game of Thrones”), et lorsque l’hiver sera là, le matin, il fera nuit et froid pour partir, et le soir, il fera froid et nuit pour rentrer. S’il ne pleut pas ou ne neige pas en prime. Autant dire qu’à vélo, c’est au mieux suicidaire, au pire mortel. Il faut donc trouver une solution complémentaire. Après quelque échange avec les rares personnes à qui je parle, on évoque :
- les véhicules sans permis (VSP), voiturettes diesel, qui font un barouf d’enfer, et qui valent une blinde,
- le scooter 50cm3, qui ne résout pas totalement le problème du froid et de la pluie,
- et les VSP électriques (principalement Renault Twizy et Citroën Ami).
Je vous épargne le tableau comparatif, les avantages et les inconvénients, la honte et la culpabilité de voir chevauchée pareille monture, mais au final, mon choix se portera sur la Citroën.
Grâce -à nouveau- à la mobilisation du club Porsche (merci Nico pour l’ouverture du sujet sur le forum, je n’aurais sans doute jamais osé !), je trouve rapidement chaussure à mon pied (merci encore Steph & Patou !). Une Ami peu kilométrée, et garantie cinq ans, qui peut m’être livrée en prime ! Le bon timing, je n’irai pas jusqu’à dire que ça m’a réjoui, mais bon, elle est là, et je serai sûrement ravi de la journée cet hiver, ainsi que les jours de pluie !

Soyons fous : le septième effet Kiss Cool !

J’en ai déjà parlé, mais… Assurer ce petit jouet est d’une difficulté à peine croyable, surtout pour un criminel dans mon genre. Déjà pour un ado, ça semble compliqué, mais pour un mec comme moi qui a un casier et une suspension, je ne vous raconte pas… Enfin si, je vais vous raconter quand même, puisque vous êtes là : Dans mon cas, il ne faut pas espérer assurer ça chez un assureur traditionnel. Ni mon assureur collection ni mon assureur des autos du quotidien n’ont accepté. Ils nous ont tous les deux renvoyé vers les deux seuls assureurs qui pourront potentiellement nous prendre : assu2000.com, et directmalus.fr. Comme il y a un agent assu2000 à côté de mon bureau, c’est avec eux que je commence mes démarches (et ils nous ont été recommandé en priorité). Pascaline s’occupera de les appeler, et aura la primeur de découvrir le montant de la prime. ça pique, mais au point où on en est… on ne va pas faire la fine bouche, et il faut se dire que ce n’est que pour huit mois. J’aurais le “plaisir” de devoir me rendre en agence pour fournir les pièces justificatives et rencontrer l’assureur. Croyez le ou non, mais je n’en menais pas large, je faisais profil bas, et j’avais le comportement du malfrats coupable, qui suppliait presque pour qu’on l’assure. Ce sentiment de culpabilité et de honte qu’on m’a incrusté dans tous les pores de la peau est constamment présent, je suis comme marqué au fer rouge sur le front : coupable ! Quand il me demandera pourquoi j’ai perdu mon permis, je suis partagé entre crier à l’injustice, ou résigné à lister les chefs d’inculpation, sans plus. De toute façon les dés sont jetés, donc autant partir sur la deuxième solution, et attendre -de nouveau- la sentence. Ici, elle sera surtout financière, le mec me confirme qu’ils acceptent de m’assurer, pour 100€ par mois (1200€ par an !!) au tiers vol incendie bris de glace… Je vous épargne les conditions suspensives, je n’ose même pas demander à combien se monte la formule tout risque !
Au fil de la conversation, il me confirme aussi ce dont m’avait parlé mon assureur : Pendant au moins cinq ans, aucun assureur ne voudra de moi pour assurer un véhicule ordinaire (même ma vieille Twingo de 20 ans qui ne vaut plus un clou). Tout ça parce que je suis un dangereux criminel.
Dans le genre “double peine”, ça se pose là.

Et ça ne s’arrête pas là…

Les problèmes logistiques du quotidien sont partiellement réglés, mais il en reste d’autres à venir. Je ne vais pas vous raconter notre vie dans le détail, mais il faudra trouver une solution de rapatriement pour Pascaline pour la remonter de sa cure dans le massif central, dépourvu de ligne de chemin de fer. Je devais aller la récupérer et nous devions passer une semaine de vacances dans un gîte sympathique à proximité. Tout tombe à l’eau, et j’ignore encore comment nous allons procéder (chaque chose en son temps).

Si je ne peux pas assurer les véhicules de prestige, il faudra se résigner à s'en séparer. J’y pense déjà, d’ailleurs, pour ne rien vous cacher. Depuis la garde à vue, ça me trotte dans la tête.
Je crains que la 911 ne me rappelle éternellement cet épisode traumatisant. J’ai pourtant 25 ans de pur bonheur avec elle, mais j’appréhende le futur. Remonter dedans, c’est revivre un peu de cette sale histoire. C’est une auto formidable, mais avec laquelle je ne sais pas être raisonnable. C’est un pousse au crime qui ne cadre plus avec notre époque. Un peu comme moi, finalement, j’ai parfois le sentiment d’être un dinosaure, je ne comprends plus ce monde qui m’entoure.
La Mercedes risque d’être tout aussi compliquée à assurer (V6 3,2L 218cv Cabriolet), je doute qu’un assureur m’accompagne dans ces conditions, et il est clair que notre fille ne voudra pas s’embarrasser de cette vieillerie qui pollue et où rien n’est automatique !

Un autre point qui m’est insupportable : la dépendance. Je vois déjà à quel point c’est compliqué pour Pascaline au quotidien, je me refuse de dépendre de qui que ce soit, j’assume, avec les conséquences qui s’imposent à moi. Pourtant parfois, je suis bien obligé d’appeler à l’aide. Comme ce fut le cas pour nous rapatrier de Lunéville. Et bien là encore, notre fille et notre gendre vont nous emmener à l’aéroport pour notre seule semaine de vacances de l’année, sans voiture, et à l’étranger. Et ils seront contraints de venir nous récupérer. Vous n’imaginez pas à quel point ça me gène (entre le coût du transport, l’usure de leur voiture, le carburant, et le temps que ça leur demande), j’ai vraiment du mal à accepter de devenir, à mon tour, dépendant. Vraiment beaucoup de mal. Je ne remercierais jamais assez nos enfants pour leur aide, j’en ai peur.

Et puis, il faut encore se préparer :
- pour le procès au civil en octobre prochain,
- et à la nécessité d’aller voir un psy. je suis encore indécis, sur ce point, malgré les nombreuses recommandations qui m’ont été faites de le faire. J'aviserai après les vacances.

Prochainement :
- Le revers psychologique,
- Questions / réponses,
- Et si les rôles avaient été inversés (ce chapitre sera pour la minorité silencieuse qui pense que ce qui m'arrive est juste, et que c'est bien fait pour ma g...).

Posté le :26/06/2025

Bon, il est temps de faire les comptes !

je vais distinguer la partie financière, la partie judiciaire, et les “moyens” mis en oeuvres (humains, hébergement, matériels, logistique, déplacements…). Je traiterai la partie psychologique et morale dans un autre chapitre.

Commençons par ce qui fait toujours un peu mal : le porte monnaie.

Financièrement, ce petit geste d’humeur nous coûte (pour le moment) :
- Avocat : 3700€,
- Amende : 500€,
- Frais de procédure : 254€,
- La fourrière : 150€,
- Le logement à Lunéville le dernier jour : 150€,
- Le restaurant à Lunéville : non significatif,
- Frais de transport Aller/retour pour ma fille et mon gendre (plus péage), et leur journée de congés à chacun d’entre eux : non comptabilisé,
- le restaurant sur la route avec les enfants : non significatif,
- les frais de carburant d’Hervé (Aller-retours Lunéville, A/R tribunal, et tout ce que j’ignore encore) : non comptabilisé,
- une voiture sans permis pour aller bosser : 7000€,
- l’assurance de cette voiture : 1200€ !!
On ne comptera pas les consultations chez le médecin, ni la carence de l’arrêt de travail et la perte de rémunération assortie.
On dépasse allègrement les treize mille euros (rien que de l’écrire, je suis sous le choc !). Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ça fait passer l’envie de recommencer !

Mais ce n’est pas tout, il reste encore à prévoir :
- les honoraires de l’avocat pour le procès au civil,
- les éventuels dommages et intérêts,
- les primes d’assurances de nos voitures, qui risquent de faire entre X5 et X10… Pour peu qu’on arrive à les assurer, ce qui n’est pas gagné du tout.

Sur la partie sanction judiciaire, je prends donc :
- Huit mois de suspension de permis,
- Six mois de prison avec sursis probatoire de cinq ans,
- Huit points en moins sur mon permis de conduire,
- L’amende et les frais de procédure,
- Et (sans doute) une autre sanction lors de l’audience au civil en octobre.

Sur les moyens mis en oeuvre :
- heureusement que le téléphone est en illimité chez tout le monde de nos jours, car Pascaline a dû passer des heures au téléphone avec tout un tas de gens, qui à leur tour ont appelé tout un tas d’autres gens, qui à leur tour…. Je pense que vous avez compris.
La mobilisation a été totale, chacun ayant apporté son aide, qu’elle soit morale, matérielle, en compétences, en mise en relation, etc etc.
Ma connerie aura dérangé une quantité incroyable de personnes 😓 Encore un grand merci à tous ceux qui ont oeuvré à essayer de trouver des solutions, à aider, ou juste à réconforter.
- Le temps qu’auront consacré ma fille et mon gendre (❤️), à gérer Pascaline, à l’aider dans les démarches, à trouver/réserver/payer le airbnb, à venir nous chercher puis à nous ramener.
- L’hébergement et la logistique mise en œuvre par Hervé et son épouse Liliane, qui ont accueilli, nourri et logé Pascaline, qui l’ont accompagnée tout au long de cette période, l’ont soutenue et conseillée, alors qu’ils étaient sur le point de partir en vacances ! Nous vous en sommes extrêmement reconnaissants.

Posté le :26/06/2025

Il est presque 18h30 lorsque je quitte la voiture des flics, cela fait donc un total de 51 heures de détention… Je me dirige droit vers ce petit groupe de personnes. Évidemment, je commence par prendre Pascaline dans mes bras et la serrer fort (mais pas trop, avec son dos en vrac, ce ne serait pas raisonnable). Nous pleurons instantanément, l’émotion est à son comble. Je m’excuse de l’avoir mise dans cette situation, et nous restons ainsi un petit moment, nous serions bien restés plus longtemps si nous avions été seuls, mais il s’agit de ne pas négliger les autres qui ont œuvré en mon absence.

Je remercie l’avocat, nous échangeons quelques rapides mots, puis, sans doute par pudeur, il s’excuse pour mieux nous laisser à nos retrouvailles. Puis je tombe dans les bras d’Hervé, et je pleure à nouveau. Je le remercie chaleureusement pour tout ce qu’il a pu faire, ou plutôt ce qu’ils ont pu faire, avec son épouse. C’est colossal, c’est généreux, c’est d’une bonté et d’un dévouement incroyable, nous leur devons une reconnaissance éternelle, ils méritent toute notre gratitude.

Je vous évite la partie mélodramatique, où nous passons notre temps à pleurer, à nous faire des accolades, à le remercier, et à verser encore quelques litres de larmes.

Nous avons, chacun de notre côté, de très nombreuses questions, chacun ayant vécu cet épisode de façon très différente. Mais tout aussi dramatique ou traumatisante pour les uns que pour les autres, visiblement.

Je découvre comment Pascaline a été raccompagnée (dans notre Porsche) à l'hôtel de police, comment elle aura été interrogée par la même femme que moi après plus d’une heure d’attente sur une chaise pourrie alors qu’elle est handicapée, comment cette femme aura tenté de manipuler sa déposition, ou en tout cas d’influencer ses réponses.

Puis comment Hervé aura la présence d’esprit de vider notre voiture (grâce au double des clés qu’avait gardé Pascaline), pour récupérer les affaires essentielles : médicaments, affaires de toilette et vêtements, ainsi que tous les éventuels objets de valeur ou d’importance (carte bancaire, carte grise, carte Handicap etc).

Hervé devant nous abandonner aussitôt que possible, nous nous dirigeons vers sa voiture. En route, nous passons un coup de fil à Patrick (chipie7), pour lui donner les dernières nouvelles, et faire couler quelques larmes supplémentaires entre deux sanglots et nœuds dans la gorge. Hervé nous ramène jusqu’à Lunéville (40 kilomètres, tout de même !), et nous accompagne jusqu’à l’appartement que nous a réservé notre fille. Nous récupérons toutes nos affaires, une dernière accolade, une dernière embrassade, et nous lui souhaitons bon retour chez lui et surtout bon voyage après toutes ces émotions : il doit prendre un avion de très bonne heure le lendemain matin, et il a encore au moins quarante minutes de route avant d’arriver chez lui.

Nous prenons possession des lieux, je me sens instantanément bien et en sécurité dans cet appartement. Forcément, quand on compare à une cellule de garde à vue, il n’y a aucune comparaison possible !

Une des toutes premières choses que je vais faire : prendre une douche. Pascaline m’avouera bien plus tard que… (elle prendra des gants, mais en gros…) je puais ! Pouvoir se frotter fort sous la douche, se savonner, et se sécher dans une bonne grosse serviette, on oublie à quel point c’est agréable et bénéfique.

Deuxième chose qui me faisait envie : manger convenablement ! Faut dire que depuis plus de deux jours, je n’ai quasiment rien mangé ! Nous nous dégotons un petit restaurant bien noté, pas trop loin, où nous nous lâcherons un peu. Et nous ne serons pas déçus ! Ces “petites choses” nous font un bien fou.

Lunéville semble être une assez jolie petite ville, ce que j’avais pu en voir lors de mes différents transferts auraient dû me donner envie d’en voir davantage, mais ni Pascaline ni moi n’avons envie de faire du tourisme en ce lieu chargé d’ondes négatives. D’autre part, il se fait tard, et la fatigue, tant physique qu’émotionnelle, se fait largement ressentir.

Nous rentrons au gîte, et la nuit va pouvoir commencer. Elle sera tourmentée, peuplée de cauchemars, de réveils nocturnes, de longues phases de “réflexion”. Ça tourne, ça vire, ça gamberge, bref, même si la literie est au top, la nuit ne sera pas de tout repos. Et le réveil nocturne -toujours autour de 2h30 du matin- ne sera pas de nature à me rassurer sur les effets à plus long terme de cette “expérience”. J’ignore pourquoi, mais ce réveil nocturne va me hanter encore longtemps.

Pascaline a déjà organisé notre rapatriement. Plusieurs personnes s’étaient proposées (encore un grand merci à elles), mais ce seront finalement notre fille et notre gendre qui vont venir nous récupérer. Ils auront dû poser chacun une journée de congés, et se lever au milieu de la nuit afin d’être sur place assez tôt. Eux aussi auront droit à toute notre gratitude pour ces efforts dont ils se seraient bien passés.

Arrivés à l’aube, notre première étape consistera à aller à l'hôtel de police pour récupérer la “levée de la saisie”. C’est ma fille qui s’y colle, qui va tout prendre en charge, je n’ai aucune envie de rentrer dans ce lieu maudit. Elle y passera bien -au moins- un quart d’heure. Entre ceux qui ne comprennent rien, ceux qui ne savent pas, ceux qui ne peuvent rien faire, et ceux qui regardent sans rien faire… ça n’a pas été simple, mais débrouillarde comme elle est, elle a fini par y arriver. Ils oseront quand même lui demander si elle a bien le permis pour pouvoir récupérer la voiture…

Deuxième étape, trouver la fourrière. Là encore, la plupart des flics prétendent ne pas savoir, à croire qu’ils ont décidé de nous faire ch*** jusqu’au bout ! On finira par apprendre que c’est un garage en sortie de ville qui fait office de fourrière. Allez, en route ! Se faire conduire par ses enfants est toujours un peu troublant, autrefois c’est nous qui les conduisions, j’ai l’impression d’entrer dans le quatrième âge, en tout cas si je suis fier d’eux, en revanche je n’ai pas de quoi être fier de moi…

Arrivés à la fourrière, nous procédons au paiement, et allons récupérer la voiture. Petit tour rapide, elle est intacte, ouverte, mais intacte. Soulagement.

Ce sera ma fille qui va prendre le volant. Elle a déjà conduit la 911 cabriolet, et puis de toute façon elle conduit bien, je ne suis pas inquiet, ça va bien se passer. Juste le temps pour elle de prendre ses marques et d’apprivoiser la bête. C’est sûr, ça change de sa Tesla !

Nous rentrons donc à deux voitures, avec des pauses bienvenues pour ma pilote qui soufre quand même de la difficulté de conduire cet engin de torture ! Ce qui a été génial, c’est qu’au fil des kilomètres, elle gagnait en confiance, et arrivait même à se faire plaisir parfois sur quelques accélérations. Un pur bonheur partagé, tout ce que j’aime.

Une fois arrivés à bon port, nous profitons encore un petit peu d’eux, mais ils doivent nous abandonner, ils ont encore de la route pour rentrer chez eux. Nous les embrassons bien fort. Nous ne les remercierons jamais assez, nous leur devons une fière chandelle, ils ont toute ma reconnaissance.

Mon état global n’est quand même pas au top, sur de nombreuses recommandations d’amis (que je remercie chaleureusement également à nouveau, ils se reconnaîtront), je décide de consulter un médecin pour lui expliquer ce que je viens de vivre, les conséquences immédiates et les “effets secondaires”. Il me conseille du repos avec un arrêt de travail, et des anxiolytiques lors des phases de stress. Il me conseillera également de consulter un psy.

Et puis la vie doit reprendre son cours, mais je ne reprends pas le volant, c’est Pascaline qui devra s’y coller pour aller chercher de quoi manger et passer à la pharmacie prendre mes pilules. J’ai mal pour elle, elle va devoir reprendre le volant plus que de raison, tout ça par ma faute…

Posté le :22/06/2025

Je n’ai pas compté mes “huit”, mais je les estimais à 10 secondes chacun. J’essayais ainsi de compter les minutes jusqu’aux fatidiques 15h25, heure théorique de la fin de ma garde à vue. En m’imaginant alors devenir libre de mes mouvements, et de sortir prendre l’air si l’envie m’en prenait. Je me mettais clairement (encore) le doigt dans l'œil.

A plusieurs reprises, je réclamerai à boire. On m’a privé de ma bouteille, alors au lieu de ça, je dois frapper à la porte pour réclamer un gobelet d’eau (en carton, de 10cl, autant dire rien du tout).

Quand ultérieurement on vient ouvrir ma cellule, c’est pour m’annoncer que mon avocat est là, et qu’il m’attend. À cet instant, je ne suis plus sûr de ce à quoi je dois m’attendre, ni dans quel ordre. Je me réjouis donc de pouvoir parler à une personne qui est de mon côté (enfin du moins, j’essaye de m’en persuader).

On nous installe dans un bureau consacré à ces rencontres “criminel-avocat”, ayant les mêmes caractéristiques que celui de Lunéville : deux chaises fixées au sol, séparées par un bureau lui aussi fixé au sol. Ne cherchez pas la décoration, il n’y en a pas, et c’est même assez vétuste, pour ne pas dire sordide.

Nous nous saluons, et l’avocat entre dans le vif du sujet. Il a rencontré le procureur (donc sans moi, je n’aurais pas le loisir d’assister à leurs échanges), et il m’explique les trois possibilités :
1. LA CRPC : Le procureur demande :
- 500 euros d’amendes,
- 275 euros de frais de procédure,
- 11 mois de suspension de permis,
- et 6 mois de prison avec sursis de cinq ans.
L’avocat m’explique qu’après négociations, en mettant en avant que je suis aidant, et que je n’ai aucun antécédent judiciaire ni routier, il a réussi à faire descendre à 8 mois la suspension de permis, mais que le procureur a refusé toute autre remise de peine, et -surtout- il ne retenait pas, dans ce contexte, le délit de rodéo motorisé. En conséquence, il ne demandait pas la saisie de la voiture. Mon avocat ajoute que si je choisi d’accepter, le juge (ou plutôt, ce jour, “la” juge, car ce sera une femme) n’est pas obligée d’accepter. Elle peut rejeter l’accord, et donc me renvoyer en comparution immédiate (ou en comparution ultérieure). Il m’informe que je peux refuser ce “marché”, mais dans ce cas, on passe à l’option d’après.
2. La deuxième option, si je n’accepte pas la CRPC, le procureur va demander une comparution immédiate. Les délais de traitement, en cette période, sont entre deux et trois jours, il va donc falloir patienter encore. Il ne me précise pas si cette attente se fera en cellule ou libre, mais vu les peines encourues, je ne me fais aucune illusion, ce serait sans doute en cellule. Si je choisis cette deuxième option, il m’informe que le procureur maintiendrait le rodéo motorisé dans les chefs d’accusation, et que la juge en place est d’une intolérance totale avec la violence routière. D’après lui, nul doute que la peine sera plus sévère, et que la voiture sera saisie définitivement. Et en attendant le procès, la voiture restera en fourrière quoi qu’on fasse.
3. Et enfin, si la comparution immédiate n’était pas retenue, il y aurait alors un procès, remis à plus tard, mais les conditions et les peines seraient au mieux les mêmes, mais plus probablement pires. Et là aussi, la voiture resterait en fourrière en attendant le procès.

L’avocat me laisse un moment de réflexion, et se tient à ma disposition pour répondre à toutes mes questions.

Je ne vous cache pas que, sur l’instant, je suis abasourdi, les bras ballants, complètement K.O., sous le choc. Les questions ne viennent pas facilement, mon cerveau vient de prendre une baffe magistrale qui l’a mis hors d’état de réfléchir.

En premier lieu, je pense aux contraintes que l’acceptation de la CRPC va entraîner, sans imaginer un seul instant que je suis loin du compte dans mes calculs, d’ailleurs. Je pense à la galère que ce sera pour aller au boulot, pour emmener Pascaline à ses rendez-vous médicaux ou à sa cure, aux différentes vacances prévues qu’il va falloir annuler, et tout ce qui nécessite de prendre une voiture : jamais Pascaline ne pourra conduire autant dans son état.

Toutes proportions gardées, l’amende me paraît presque dérisoire, et la prison avec sursis me laisse presque indifférent. Je suis -là encore- loin d’imaginer à quel point je me trompe, et comment cela va me nuire par la suite. D’ailleurs, l’avocat ne me mettra à aucun moment en garde face à toutes ces contraintes. À se demander s’il en a conscience, où s’il les occulte volontairement pour ne pas me faire encore plus peur.

Pour autant, toutes ces contraintes, face à la menace de perdre la voiture, me semblent surmontables, sur le moment.

Je repense néanmoins encore à cette option “d’abandonner” la voiture (et surtout tout ce qui s’y rapporte, à commencer par les obligations liées au club). Retrouver une forme de liberté, et surtout, éliminer une importante charge mentale. Mais allez savoir pourquoi, je m’y refuse sur le moment. Outre les souvenirs de ce qu’on a pu vivre avec, cette voiture a une valeur marchande non négligeable, et je ne suis pas du genre à jeter l’argent par les fenêtres. Ce sera peut-être une erreur et je le vis toujours aujourd’hui un peu comme tel.

J’échange quand même quelques commentaires et quelques questions avec mon avocat, mais il m’explique que le procureur est intransigeant, qu’il n’y a plus rien à négocier, c’est à prendre ou à laisser. Et lui -l’avocat-, me recommande d’accepter la CRPC, il me la vend comme un bon “deal”. A cet instant, je lui fais toujours confiance, c’est la seule personne qui est de mon côté, qui est censée me défendre, qui me parle gentiment et qui essaye de se montrer rassurante.

Je finis donc par lui indiquer, à voix basse et tremblante, que j’accepte la CRPC. La mort dans l’âme, et toujours aussi abasourdi par la disproportion.

Il me détaille alors le déroulé des événements à venir :
- je vais retourner en cellule (j’en oublie même de lui demander l’heure pour savoir si la garde à vue est terminée et si je ne pourrais pas plutôt attendre dehors, tellement je suis déboussolé),
- Il va aller informer le procureur de ma décision,
- nous irons ensuite -ensemble- rencontrer le procureur. Il m’explique qu’il me faudra faire profil bas, accepter les éventuelles leçons de morale, faire le “béni-oui-oui”, confirmer que j’accepte la CRPC, lui dire que j’ai bien compris, et ne surtout pas poser de question ni essayer de renégocier quoi que ce soit : si le procureur sent la moindre hésitation ou le moindre doute, il retirera son offre et nous emmènera au procès.
- je retournerai ensuite de nouveau en cellule, en attendant l’audience devant la juge.
- Puis lorsque je serai convoqué devant la juge, si elle accepte la CRPC, pendant l’audience, il faudra que j’indique à la juge -quand elle me le demandera- de lui dire les peines que j’ai acceptées. L’avocat me demande donc de les apprendre par cœur, et s’assure que je les ai bien assimilées.

Je me sens pris au piège, je suis dépité. Je ne vois aucune issue favorable, aucune marge de manœuvre, aucune lumière au bout du brouillard sans lequel j’erre.

L’entretien se termine, je suis raccompagné dans la même cellule (la N°10). Et je patiente. Je ne reprends pas mes “huit”, je suis tellement dérouté et déstabilisé que je m’assois et je serre mes jambes contre moi, position foetale, en essayant de songer à toutes les conséquences à venir. Encore une fois, je suis loin de toutes les imaginer, et pourtant, je suis déjà désespéré et salement embarrassé face aux défis qui nous attendent.

L’attente ne durera pas excessivement longtemps, du moins c’est ce qu’il me semble. Je l’estime à une demi-heure tout au plus, lorsqu’on vient me rechercher. Nous sommes conduit dans le bureau d’à côté de celui où j’avais vu mon avocat, celui-ci a des chaises mobiles, je trouve ça presque étrange (d’autant plus qu’au fond, si j’avais été un violent, j’aurais eu de quoi avoir envie de démolir ce procureur qui s’acharne sur moi !).

L’homme est assis à son bureau, l’avocat est assis en face, de l’autre côté du bureau, et on m’invite à m'asseoir à mon tour. Le procureur est assez jeune, je dirais autour des 35 ans. Je suis un peu surpris par son code vestimentaire, plutôt décontracté, sobre mais ni costume ni chemise. Il est plutôt costaud et semble du genre sportif dynamique. Un voix grave, qui porte, et plutôt virile, le bonhomme est quand même assez intimidant.

Comme prévu, il fait le tour des chefs d’accusation, me fait la morale “qui convient”, me rappelle à quel point mes actes auraient pu être dangereux, et il en vient à sa proposition.

À aucun moment, il n’évoque les points douteux, l’état des véhicules, l’absence des images de la caméra de la voiture des “victimes”, sa présentation de carte de flic avant toute discussion, les comptes-rendus des pompiers et des agents de police qui ont fait les premières constatations et qui ne relèvent aucun dégât sur les véhicules, rien de tout ça. Pas même ce qui m’a amené à agir de la sorte. Juste le dossier à charge, et la seule parole des “victimes”, dans laquelle j’entendrai encore d’autres mensonges de leur part (multiples appels de phares, le lui aurais “collé au cul”, j’aurai fait une tentative de délit de fuite, et j’en oublie…), mais que je m’abstiendrai de relever, pour me conformer aux instructions de mon avocat. J’ai pourtant envie de réagir, de bondir, de hurler mon désaccord, mais -un peu comme sous l’effet d’un cachet sédatif-, je ne bronche pas, je suis un mort-vivant, ou plutôt un condamné mené sur l'échafaud, les mains attachées dans le dos et bâillonné, je ne peux plus rien faire d’autre que subir.

Je suis tellement dans le brouillard que je ne me souviens même pas comment se termine l’entretien, je me retrouve de nouveau en cellule, où je patiente encore. L’agent qui me raccompagne me dit que ça risque de prendre un moment, je ne suis pas prioritaire et il y a du monde, aujourd’hui. ça promet. J’ai le réflexe de lui demander l’heure (il est passé 16h), mais pas de lui demander si je peux être libéré, puisque ma garde à vue est censée avoir pris fin… Je continue de subir, je manque cruellement de discernement, mon cerveau tourne au ralenti.

L’attente va de nouveau me sembler interminable. Je reste prostré, tout en changeant de position régulièrement tellement le béton est inconfortable. C’est rageant de se sentir tellement impuissant, de ne rien maîtriser, et de subir autant d’acharnement sur la base de mensonges d’une personne assermentée, censée représenter la loi, la protection des biens et des personnes. Lui et sa femme sont sans foi ni loi, et surtout sans aucun scrupule. Je suis convaincu qu’en plus, ils se délectent de cette situation : ils viennent de gagner 8 jours de vacances aux frais de la princesse, et ça ne va sans doute pas s’arrêter là ! Ça me met hors de moi, mais encore une fois, à part me taper la tête contre les murs, je ne vois vraiment pas ce que je peux y faire. Alors, je continue à me morfondre, et à attendre…

Quand enfin on vient me chercher, ce n’est pas un, mais deux agents de police qui viennent. On ne me remet pas les menottes, c’en est presque un soulagement. Nous devons nous rendre au deuxième étage, mais l'ascenseur est en panne. Je ne peux que constater le manque de moyens de la justice, au moins concernant le délabrement des locaux, c’est incontestable. Nous prenons donc un escalier de service en colimaçon, particulièrement étroit. L’agent à l’arrière souffre le martyr et crache ses poumons en essayant de suivre le rythme, mais ça me laisse parfaitement indifférent, je sais que je suis en route pour l'échafaud, le reste ne m’importe pas !

Lorsque l’on arrive à proximité de la salle d’audience du juge, mon avocat -cette fois en robe d’avocat- m’attend à l’entrée de ce qui -en réalité- n’est rien d’autre qu’un assez grand bureau. Ce n’est pas une grande salle d’audience comme on a l’habitude d’en voir à la télé, et l’audience n’aura rien de “publique”.

En entrant, je découvre donc un assez grand bureau, assez neutre (aucune décoration ni affiche aux murs), derrière lequel se trouvent deux personnes : Madame la juge sur ma gauche, et le greffier sur la droite, bien caché derrière des grands écrans. En face du bureau, trois chaises, dont celle du fond est occupée par un autre avocat. J’ignore qui il est et ce qu’il fait là.

Après y avoir été invité, je m’assois donc sur la chaise du milieu, et mon avocat se place à ma droite sur la dernière chaise libre.

La juge ouvre la séance un peu de la même façon que l’avait fait le procureur, je me prends donc une deuxième salve d’accusations en pleine face, de reproches, et de morale. Elle ira même jusqu’à me reprocher de faire ça à mon âge, alors qu’elle s’attendait plutôt à devoir sanctionner un jeune pour ce genre de faits.

Elle non plus ne remettra jamais en doute les déclarations de la partie adverse, elle se contentera du dossier transmis par le procureur, sans se demander comment on a pu en arriver là.

Comme avec le procureur, je fais mon mea culpa, je reconnais les faits, je reconnais leur potentielle dangerosité, je fais mon “béni oui oui”. Mais ça ne changera rien, elle n’en tiendra aucun compte.

Arrive le moment où elle me demande de lui répéter la sanction convenu : je maitrise l’amende, jes 8 mois de retrait, mais je begaye sur la prison, j’annonce 6 mois de sursis, sans autre précision. Elle se sent donc obligée de me reprendre :
- 6 mois de prison, avec sursis, pendant cinq ans.
se sent-elle obligée de re-préciser, en insistant fortement sur le mot prison. Et elle me demande si je comprends bien ce que ça signifie. J'acquiesce évidemment, même si ça me semble dérisoire et sans intérêt. (À tort…).

Puis elle donne la parole à mon avocat.
Sa plaidoirie me semblera incroyablement courte. Ce que j’en retiens aujourd’hui, c’est que je n’ai pas d’antécédent, et que je suis aidant d’une femme handicapée. Il ne demande pas la relaxe ni la clémence de la juge, ni quoi que ce soit d’autre. Mais je pense que c’est lié à l’accord passé dans le cadre de la CRPC, plus rien n’est réellement négociable. Si nous avions été au procès, j’imagine qu’il aurait eu une autre plaidoirie, mais dans le cadre de la procédure engagée, plus rien de doit être possible.

La juge écoute, puis donne la parole à l’autre avocat, qui -jusque là- n’avait pas ouvert la bouche. Je découvre alors qu’il est l’avocat des “victimes” ! Et qu’il ne me veut pas du bien !

Dans sa plaidoirie, il va expliquer que les victimes sont atrocement choquées, qu’elles souffrent le martyr de douleurs physiques et psychologiques qui leur ont déjà valu huit jours d’ITT à chacun, mais qu’on n’est pas à l’abri d’une prolongation. A ce titre, il demande mille euros de provisions de dommages et intérêts pour chaque victime. Il demande également que les jours d’ITT me soient facturés par le régime d’assurance sociale. Et enfin, il demande à ce que le choc soit porté à ma seule responsabilité, car comme chacun sait, lors d’une choc comme le nôtre, le responsable est celui qui percute par l’arrière, hors dans le cas présent, vu le contexte, il n’est pas question que le client se voit imputé un malus par son assurance, et donc le choc devra m’être imputé en totale responsabilité.

Encore une fois, je suis pris d’effroi devant tant de haine, devant cet acharnement croissant, et mon cerveau décroche. Je n’entends plus la fin de sa plaidoirie, ni même les propos du juge qui nous libère pour pouvoir délibérer. Je me lève juste par automatisme quand je vois tout le monde se lever, dans un épais brouillard.

Nous sommes dirigés vers une salle d’attente, à deux pas du bureau du juge. je m’installe dans la salle, et j’essaye de retrouver un peu mes esprits. Les avocats et les policiers attendent dans le couloir, et discutent de choses et d’autres comme de vieux potes. Ils parlent de leur dernière bagnole, la météo, de leur hâte de sortir, et de leur hâte d’être payés, “parce que c’est pour ça qu’on est là, hein ?” auront-ils même l’indécence d’en rire. J’en ai gros sur la patate, ils sont décidément tous à mettre dans le même sac.

L’attente ne sera vraiment pas longue. Moins d’un quart d’heure à “vue de nez”. Nous retournons donc dans le bureau de la juge pour entendre le verdict.

Sans préambule, la juge entame la lecture du verdict après délibéré.
- Les conditions de la CRPC sont acceptées ;
- Elle ajoute que, dans l’histoire, je vais également perdre huit points sur mon permis. Ça, ni le procureur ni l'avocat ne m’en avaient parlé. Heureusement que j’étais à douze avant ça !
- Sur la demande de provision de dommage et intérêts, elle déboute l’avocat, lui indiquant que ce serait jugé au civil ultérieurement. Elle fixe d’ailleurs la date de l’audience au 6 octobre prochain. J’éprouve un petit ouf de soulagement, sans le montrer, naturellement ;
- Sur la responsabilité de l’accident, elle accepte qu’il soit intégralement mis à ma seule responsabilité.
L’audience est levée.

Nous prenons congé, et nous sortons du bureau.

Avant que les agents ne me raccompagnent aux cellules dans le but de me restituer mes maigres affaires, je prends quelques minutes avec mon avocat pour évoquer la suite, et en particulier ce procès au civil, dont je ne comprends ni les tenants ni les aboutissants.

Ce que je retiens de cet échange, c’est que les victimes se sont portées parties civiles au pénal, et qu’en plus, elles ont donc porté plainte au civil, pour demander des dommages et intérêts liés à leurs “dommages corporels”.
L’avocat essaye de se montrer rassurant, en m’expliquant qu’en règle générale, cela se règle via les assurances. Selon lui, le procès est une formalité, et ce sont les assurances qui s’arrangent ensuite pour les dédommagements.
Je n’ai pas besoin d’être présent à l’audience, et il se propose bien évidemment de me représenter. Je n’aurais pas le cœur de lui demander combien ça va encore me coûter… Plaie d’argent n’est pas mortelle, mais bon…

Nous convenons de nous retrouver à la sortie du tribunal, car de mon côté -c’est la procédure-, je dois être raccompagné par les policiers, je dois repasser par les cellules pour récupérer mes affaires, et être raccompagné hors du tribunal par les forces de l’ordre.

Nous redescendons le petit escalier en colimaçon, je suis toujours escorté par mes deux agents (toujours un devant et un derrière, bien que je sois désormais libre), et nous retournons aux cellules. Cet endroit me glace le sang, et je n’ai qu’une hâte, celle de sortir !

Ils m’emmènent dans le bureau où est stockée la caisse de bois contenant mes effets. Je les récupère un à un, en vérifiant leur état. Tout est intact, ce sera un gros soulagement, car je m’attendais même à subir du vandalisme, n’ayant pas précisé l’état des objets à leur dépôt initial.

Nous repassons par ce sas qui pue le tabac, et il y traîne toujours des agents en train de fumer, alors qu’il fait beau dehors. A croire qu’ils font tout pour vous dégoûter de revenir dans cet endroit infâme (dans lequel ils semblent pourtant se complaire, alors qu’ils pourraient fumer dehors).

Puis nous sortons, enfin. Je respire à pleins poumons, comme si j’étais resté en apnée depuis 2 jours. J’apprécie comme jamais de voir le ciel, le soleil, des arbres. Un peu moins de voir ces bagnoles de flic mal garées. Et dire qu’il va falloir s’y installer à nouveau, j’en ai la nausée.

Heureusement, ce trajet ne va pas durer : même pas 200 mètres ! A peine sortie des grilles du parking des policiers, j’aperçois Pascaline et mon avocat au loin. J’interpelle les policiers pour leur demander de stopper là et de me laisser sortir, ce qu’ils acceptent, fort heureusement.

Posté le :22/06/2025

Bien après le déjeuner, on viendra me chercher pour me transférer au tribunal. Cet “hôtel” de police porte bien mal son nom, le ménage n’est même pas compris !  On me demandera de nettoyer ma cellule et de la vider de tous mes déchets (autrement dit, ma couverture de survie et ma barquette de riz). Les poubelles dans le couloir dégueulent de partout, je déposerai donc tout à coté, faute de mieux. Je fais un dernier saut aux toilettes, préventivement au trajet en voiture, afin de le rendre moins inconfortable, surtout que j’ai bien bu.

À la sortie du couloir, deux agents m’attendent : ce sont eux qui vont m’accompagner au tribunal. Ils me demandent de leur remettre ma bouteille d’eau (une bouteille de 33cl, on ne sait jamais, je pourrais m’en servir comme d’une arme, surtout à moitié pleine). Et ils m’informent qu’ils doivent me mettre les menottes. Pardon ? Sérieusement ?

Visiblement, oui, sérieusement. Ils n’ont pas l’air de vouloir rigoler. je tends donc les mains devant moi, mais non : ce sera dans le dos ! Quitte à vous humilier, autant le faire au maximum. Quitte à vous faire souffrir, autant le faire jusqu’au bout du bout. Dire que je ne suis plus à ça près serait un bon gros mensonge : ça m'humilie, ça me dévalorise, ça m’avilie, ça me rabaisse plus bas que terre. Ils sont maîtres dans l’art de vous faire passer pour une grosse merde. J’ai envie de leur rappeler pourquoi je suis là, je n’ai tué personne, je sais n’avoir blessé personne non plus, mais je sais aussi qu’il me vaut mieux la fermer. Alors je m’enferme dans le mutisme. Et je souffre en silence, plus seulement moralement, mais aussi physiquement, maintenant : je trimballe des tendinites aux deux épaules depuis plus de cinq ans, qui ne sont toujours pas complètement guéries. Et ben là, je peux vous dire qu’elles se sont rappelées à leur bon souvenir ! Je n’avais plus souffert autant des épaules depuis des mois, et la position induite par les menottes m’a bien tiré sur les tendons.

On m’oriente vers la voiture : un agent devant, un autre derrière, des fois qu’il me viendrait à l’idée de prendre la poudre d’escampette avec les menottes dans le dos… Définitivement, je suis considéré comme un (très) grand délinquant, quasi un tueur de flic, ça ne fait plus aucun doute.

L’installation dans la voiture est douloureuse, il faut se contorsionner, et mes épaules ne me permettent pas toute la flexibilité nécessaire. Je souffre, mais je serre les dents, je ne leur ferai pas le plaisir de leur montrer ma douleur. L’agent installé à côté de moi viendra m’attacher ma ceinture de sécurité sans ménagement.

En cours de route, je tente à plusieurs reprises de changer de position, car les menottes, outre me tordre les bras et me tirer sur les épaules, cherchent à s'incruster dans la peau de mon dos, prises en étau entre le siège et ma colonne vertébrale. C’est franchement inconfortable, je vous invite à tenter un jour de faire un ou deux kilomètres en voiture avec les mains dans le dos (mais s’il vous plaît, ne faites pas ça en étant au volant), vous aurez un petit aperçu de ce que ça peut donner.

Nous traversons Lunéville par des petites routes, nous passons par le centre historique, devant un château et quelques monuments qui sont sûrement incroyables, mais aujourd’hui, je n’ai vraiment pas la fibre touristique. Et puis visiblement, mes guides du jour ne semblent pas disposés à me faire l’article de leur ville.

Le trajet se passe dans un silence quasi total : Les seuls mots échangés par les deux agents seront pour ouvrir ou refermer la fenêtre. On ne me demandera pas si j’ai chaud ou froid, ni si les courants d’air me gênent ou non. Je ne suis même pas quantité négligeable : je n’existe tout simplement pas.

En revanche, j’aurais tout le loisir de constater leurs nombreuses infractions : Comme nous sommes partis (très) en retard (nous avons rendez-vous à 14 heures), les agents se permettent des vitesses que même moi je ne me permets pas. Même les radars pédagogiques croisés semblent outrés par la vitesse de passage. Et cela sans gyrophare ni sirène. On ne parlera pas non plus des feux oranges grillés, des stop coulés. Je suis franchement outré. Mais visiblement, le code de la route n’est pas le même pour tout le monde. Mais qui suis-je pour juger ? Je suis bien mal placé.

L’arrivée au tribunal de Nancy est quelque peu chaotique, les agents ne sont pas en phase sur le lieu, et encore moins sur la façon d’accéder au parking, mais j’avoue que ça me laisse parfaitement indifférent. Nous finissons par arriver par l’arrière du tribunal, au niveau du sous-sol. On me fait sortir, toujours menotté dans le dos, et on m’oriente vers le bâtiment.

Dans le sas d’accès, plusieurs agents sont installés sur des marches, en train de fumer (dans un lieu public, donc, et à l’intérieur). Visiblement, il n’y a que moi que ça choque, et que ça dérange, l’odeur du tabac m’est insupportable sur le moment.

Je suis aussitôt conduit vers une nouvelle cellule, on m’explique qu’en attendant mon avocat, je devrais patienter là. C'est seulement à et instant qu'on me retire les menottes. À nouveau je fais le tour du propriétaire, et là, ce n’est pas la même chanson : C’est sale, il y a des graffitis partout (feutre, marqueur, gravure…), du sol au plafond ! La lumière est faiblarde, et tout est bétonné. Comme dans l’autre cellule, il y a bien un espace “lit” au fond, mais cette fois ni latte de bois ni paillasse. Du béton, rien que du béton.

Dans l’angle à droite en entrant, on devine un ancien emplacement de WC : une plaque métallique épaisse est soudée au sol, et deux parois métalliques sont fixées au mur de chaque coté.

La porte, enfin, ne dispose que d’un hublot rectangulaire, d’environ 20x40cm, opacifié par les différentes gravures successives. C’est à peine si on arrive à voir à travers. Elle ne se ferme que de l'extérieur, par des loquets coulissants.

L’attente sera longue, là aussi : dès mon arrivée, on m’a fait comprendre que je n’étais pas prioritaire. À nouveau je vais perdre toute notion du temps. Je sais qu'il était environ 14h15 lorsque nous sommes arrivés au tribunal (grâce à l'horloge de la voiture).

Heureusement, cette fois, j’ai un peu de lecture : Les graffitis, témoignages des passages des uns et des autres, vont m’occuper un petit moment. Cela dit, ne vous méprenez pas : ce ne sont pas franchement des romans d’amour ! Entre les "publicités" pour obtenir de la drogue (via des pseudos à contacter sur les réseaux sociaux), les traces de passage avec juste un nom et une date, et les insultes vis à vis des forces de l’ordre, il ne faut rien espérer d’autre. C’est assez vite lassant, voire désespérant. Je me demande -quand même- comment (et avec quoi) ils ont pu faire ces tags (surtout au plafond), alors que je n’ai rien dans les poches, et juste un short et un t-shirt sur moi (et toujours pas de lacets, bien entendu).

Ne pouvant m’allonger, je décide donc de marcher un peu. Je fais des “huit” dans la cellule, histoire de bouger un peu, mais pas trop vite pour ne pas me mettre en nage. Et de toute façon, la position assise est trop inconfortable. Ça va m’occuper un moment, un long moment, sans que je ne puisse le quantifier avec précision, je n’ai toujours pas l’heure.

Posté le :18/06/2025

La matinée tire en longueur, au rythme des pauses clopes de l’autre détenu, des pauses toilettes, et des changements de gardien.

Outre mes pensées récurrentes, et mes révisions des tables de multiplication, je ressens le manque d’activité physique, le besoin de bouger. Je songe à faire du sport (façon prisonnier taulard dans les films d’actions), mais le problème de l’hygiène est un frein insurmontable, d’autant que je transpire assez vite au moindre effort : pas question de finir en nage, et de ne pas pouvoir me laver ensuite. Je continue donc à ne rien faire, juste à laisser aller mes pensées, en changeant le plus souvent possible de position.

Dans le courant de la matinée, l’agent (toujours la même) qui m’a placé en garde à vue débarque, fait ouvrir ma cellule, et me demande de la suivre. Retour au deuxième étage, dans son bureau que je commence à connaître un peu trop par cœur. Le seul avantage que je vois à ce bureau, c’est la vue sur l’extérieur, le ciel, les arbres… La météo est pluvieuse ce matin, ça commence à plomber l’ambiance. Chaque fois que j’ai eu à aller dans son bureau, ça a toujours été pour une mauvaise nouvelle. Je doute que mon karma s’arrange cette fois encore.

Une fois installée, elle éparpille quelques pages, puis m’annonce froidement que le procureur, à la lecture des faits et des rapports médicaux, a décidé d’ajouter le chef d’inculpation de “rodéo motorisé”.

Je suis effondré, car je saisis instantanément ce que cela implique : la saisie définitive de la voiture pour destruction ou vente aux domaines, sans aucun espoir de la récupérer.

Pour avoir déjà assisté à du rodéo urbain, ou en avoir vu à la télévision, je ne vois vraiment pas le rapport, mais je cerne parfaitement la finalité et les moyens mis en œuvre pour me nuire.

Elle ajoute que les “victimes” ont obtenu auprès de l’IMJ huit jours d’ITT (Incapacité Totale de Travail). J’hallucine totalement ! A les voir gesticuler et m’agresser comme ils le faisaient après l’incident, ils ne seraient plus aptes à travailler ? Mais de qui se moque-t-on ? Bien entendu, je garde cette pensée pour moi, d’autant plus qu’au moment, je suis tellement abasourdi par l’annonce précédente que je ne réalise même pas.

Pour bien enfoncer le clou, elle m’annonce qu’ils ont décidé de porter plainte à leur tour, et de se porter partie civile au pénal. Ben voyons…

Aucun doute, ils mettent tout en œuvre pour me charger au maximum. C’est de l’acharnement pur et simple. S’il avaient pu trouver autre chose, je ne doute pas qu’ils l’auraient ajouté.

L’agent m’informe que mon avocat vient d’en être informé également, et qu’il est en route, il devrait arriver dans une trentaine de minutes. Je ne me souviens plus si elle tente de me faire signer un truc, je suis tellement sous le choc que j’en fait un black-out. A cet instant, je suis un véritable zombie, incapable de la moindre réaction, partagé entre le désespoir total et la rage absolue.

Je suis remis en cellule, où je m'effondre lamentablement. Je crois qu’on peut le dire : comme une merde.

Lorsque mon avocat arrive, je suis de nouveau conduit dans la salle dédiée pour une séance de -toujours- trente minutes maximum. Je le salue, puis nous nous installons. Il a troqué son beau costume pour des vêtements plus “casual”, mais pas moins “cheap”.

Nous entrons aussitôt dans le vif du sujet avec le nouveau chef d’accusation. Il m’explique que pour qualifier un rodéo motorisé, il faut plusieurs infractions consécutives au code de la route. Plus précisément : “Un rodéo motorisé est un comportement illégal consistant, pour le conducteur d'un véhicule, à violer de manière répétée le code de la route par des manœuvres dangereuses qui exposent les usagers de l'espace public à un risque de blessures graves”. Le dépassement par la droite, puis le freinage, ça fait deux infractions. Ajouté à cela les “blessures”, qui deviennent des circonstances aggravantes. Je suis clairement dans de sales draps.

L’avocat est impressionné par les moyens mis en œuvre, il n’a jamais vu ça non plus, mais essaye de se montrer rassurant. J’avoue avoir un peu de mal à le croire sur le moment, et je commence à me faire à l’idée de devoir abandonner tout espoir.

Il me briefe sur la suite des événements : je vais être de nouveau interrogé, en rapport avec ces nouveaux éléments et ce nouveau chef d’accusation. Pour le coup, je ne dois surtout pas reconnaître les faits de rodéo motorisé : je peux choisir de ne pas répondre (garder le silence), éventuellement dire que je ne comprends pas, ou simplement refuser et ne pas reconnaître les faits (de rodéo). Si je reconnais les faits de rodéo, je peux dire adieu à la voiture. Il ajoute (texto) : “on va tout faire pour sauver la bagnole, et limiter la casse autant que possible”. Pour le coup, il en devient humain et parle comme vous et moi..

Il m’explique enfin comment va se dérouler la suite des événements : après le contre-interrogatoire, le procès-verbal sera transmis au procureur. Ce dernier peut, au choix :
- me proposer une CRPC (une procédure de Comparution sur Reconnaissance Préalable de Culpabilité), l'équivalent du fameux “plaider coupable” américain. J’aurais le choix de l’accepter ou de la refuser (si je considère qu’elle va trop loin). Si je l’accepte, elle devra encore être validée (ou pas) par le juge. Si elle est validée, l’affaire s’arrête là (au pénal). Si elle est refusée, je serai renvoyé devant un tribunal ultérieurement.
- il peut ne pas me proposer de CRPC, et demander une comparution immédiate (qui peut avoir lieu entre 24 et 72 heures plus tard),
- ou enfin, il peut demander un procès complet, en bonne et due forme, à une date ultérieure.

Et au-delà de ces trois options, il y aura aussi un autre procès, au civil cette fois (pour juger la plainte des “victimes”).

J’avoue que j’ai un peu de mal à comprendre, à me projeter, et à tout assimiler. Ça fait beaucoup d’informations, beaucoup de possibilités, beaucoup d’inconnues. Je m’en remets donc entièrement à mon avocat, et le lui indique. En même temps, ce n’est pas comme si j’avais vraiment le choix...

(petite parenthèse dans le récit : en écrivant ces lignes, j’en ai encore la tremblote, l’émotion est à son comble, et je suis à deux doigts de sombrer dans le premier truc qui traine. Heureusement que je n’ai pas un penchant pour la drogue, le tabac ou l’alcool, car nul doute que je me laisserai aller. Je vais me contenter d’un anxiolytique léger en attendant que ça passe !).

Nous remontons donc ensuite au deuxième étage, chez l’agent que je ne peux plus voir en peinture. Je lui ai bien trouvé un surnom, mais je vous l’épargnerai pour éviter toute grossièreté. Malgré la météo au moins aussi triste que moi, j’apprécie de revoir le ciel et les arbres. Je passerai l’essentiel de mon temps à regarder par la fenêtre.

Encore une fois, lors de cet entretien, mon avocat n’aura pas le droit à la parole, sauf à la fin, si on la lui propose. L’agent embraye direct sur les faits qui me sont reprochés, liste les chefs d’accusation, et me demande si je reconnais les faits.

Je reconnais (toujours) avoir doublé par la droite, je reconnais également avoir freiné après, mais je lui indique que je ne comprends pas le rodéo, et que par conséquent, non, je ne reconnais pas les faits de rodéo motorisé. Je vous passe les détails de la rédaction du procès verbal à deux doigts, les questions redondantes, le ton méprisant et limite agressif, les fautes d’orthographe et de grammaire, rien n’a changé de ce côté là.

Elle demandera tout de même à mon avocat s’il a des questions, il indiquera ne pas en avoir.

Je relis le PV avec mon avocat, puis je le signe. Elle nous informe ensuite que je serai transféré au tribunal de Nancy pour 14h, où je serai présenté au procureur, qui décidera de la suite à donner. Mon avocat en profite pour lui demander si c’est toujours le même procureur qui est de service ce jour, ce qu’elle lui confirme bien aimablement, rien à voir avec la façon qu’elle a d’être avec moi. Ce qui me réconforte dans le petit surnom que je lui ai attribué…

Je suis ensuite raccompagné en cellule. Mon avocat n’aura pas l’occasion de me dire un mot de plus, de me réconforter (ou de m’alarmer), ça ne fait pas partie de la procédure. Je le retrouverai dans l’après-midi, mais je ne sais pas encore trop quand. La procédure, bien que m’ayant été expliquée, reste très floue, je suis dans un brouillard tenace et épais.

Je ne vais pas vous mentir : à ce moment de ma vie, je suis partagé entre l'effondrement, et l’opportunité de changer de vie : quitter le club, abandonner la voiture (de gré ou de force), je devrais même plutôt dire “les voitures” (de collection), démissionner de la présidence du club, et tout plaquer. Partir pour une autre vie à laquelle j’aspire : plus proche de la nature, loin de la foule, loin des cons, et loin des obligations liées à la charge mentale que réclament le club, nos investissements, mon métier et notre mode de vie. J’y vois une occasion unique qui ne se représentera sans doute jamais, et qui ne me demandera pas de me justifier auprès des uns et des autres. Cette pensée me hante encore au moment où j’écris ces lignes, et pourrait bien me travailler encore un moment. Bien sûr, tout va aussi dépendre de la suite des événements, mais c’est très présent, presque obsédant. Le timing s’y prête vraiment bien.

La “pause déjeuner” va me sortir quelque peu de ces sombres pensées. Pas le choix du menu, aujourd'hui. Pas de "repas de gala" pour le dernier jour : ce midi, ce sera -comme la veille au soir- riz méditerranéen. Je ne fais pas la fine bouche, je sais que c’est mon dernier repas ici, et que je devrais mieux manger ce soir. Du moins je l’espère et j’y crois dur comme fer.

Il parait que les émotions, ça creuse : je peux démentir aisément, si j’ai mangé vingt grains de riz, c’est le bout du monde, et ils ont vraiment eu du mal à passer. Je ne suis vraiment pas du genre à gâcher la nourriture, habituellement, mais là, sérieusement, ça ne passe pas. J’ai pourtant l’estomac qui gargouille et qui proteste, mais la gorge est bien trop nouée pour laisser passer autre chose que de l’eau…

Je finis par m’allonger, les larmes au bord des yeux, et je reprends mon activité favorite depuis près de 45 heures : je patiente.

Posté le :18/06/2025

Mon voisin de cellule appelle pour aller fumer. Il s’y reprend à plusieurs reprises, et crescendo dans la puissance de frappe. Au bout d’un moment qui semble durer plusieurs dizaines de minutes, deux agents pénètrent dans le couloir, un homme et une femme. Pas franchement l’air commode, ils le rabrouent pour savoir ce qu’il veut, et lui reprochent de ne pas être patient. Comme c’était l’heure de la relève (comment aurait-on pu le savoir, j’ai envie de dire !), c’est la raison qu’ils invoquent pour ne pas être arrivés rapidement. Et selon eux, ce n’est pas une raison pour se déchainer de la sorte… Je sens qu’il va falloir faire profil bas avec ces deux-là.

Lorsqu’ils ramènent le fumeur à sa cellule, je tapote à mon tour délicatement à ma porte. Ils s’approchent, me demandent ce que je veux, je leur réponds que je souhaite juste passer aux toilettes. Leur regard est sombre, rempli d’animosité. J’y ai pourtant mis les formes, je n’ai pas frappé fort, je suis poli et courtois (bonjours, s’il vous plait, merci), sans doute même plus que de raison.

Ils m’ouvrent, et avant que je n’ai atteint la porte des WC, ils me demandent pourquoi je suis là. Les mises en garde de mon avocat me reviennent. Je leur répond que ce serait trop long à expliquer, et que je préfère ne pas en parler. Je ressens alors une vague de haine dans leur regard, et je comprends qu’en réalité, ils savent déjà pourquoi je suis là. Dans leurs yeux, je suis un “tueur de flics”, rien de moins. C’est subjuguant, et assez déstabilisant, cette vague de haine. Leur agressivité est palpable, surtout chez la femme, mais le cowboy bodybuildé ne vaut pas beaucoup mieux.

Je fais mes affaires dans ce lieu toujours aussi sordide, mais où la lumière a été remplacée ! J’en serais presque heureux, si ça ne mettait pas encore plus en évidence l’insalubrité du local.

Je retourne en cellule, et je fais la seule chose à faire : patienter. Prochaine étape, le “dîner”. Je ne sais pas si je dois m’en réjouir ou l’appréhender.

Je ne nie pas qu’il me vient quelques idées sombres, très sombres, trop sombres. Je n’ai pas de lacet ni de corde pour me pendre, mais une couverture de survie bien enroulée autour de la tête doit sans doute faire le même effet qu’un sac en plastique. J’irai même jusqu’à vérifier qu’on ne puisse pas respirer au travers (et je peux vous le dire : on ne peut pas).

Quand ma nouvelle geôlière vient pour le dîner, elle m’ordonne de rester au fond de la cellule avant de l’ouvrir, pour me demander si je veux manger. Vu l’ambiance de la fois précédente et sa façon de procéder, je fais en sorte d’être le plus neutre possible :
oui je veux bien, merci.
Elle ne me demandera pas ce que je veux, ni même si j’ai des allergies. Elle re-claquera la porte aussitôt et disparaîtra le temps d’aller faire chauffer au micro-onde.

A son retour, je lui demande si je peux, au préalable, passer aux toilettes pour me laver les mains. Elle me déposera le plat au sol, me dira de patienter trois minutes, et me claquera la porte au nez. Ambiance…

Elle reviendra un bon moment après (ou alors les trois minutes m’auront paru interminables). En ouvrant la porte, elle m’agresse aussitôt :
Je vous préviens, ne tentez rien, j’ai branché ma caméra !
Elle pointe du doigt dans le même temps la caméra attachée au milieu de son buste. Je lui réponds calmement que je n’avais aucune intention de l’agresser, je souhaite juste aller me laver les mains. Elle me laisse aller aux toilettes, je me savonne encore et encore (putain d’encre à empreintes qui reste inscrustée), j’en profite pour me rafraichir aussi un peu le visage, puis je ressors (en oubliant d’éteindre la lumière).
Et la lumière, vous croyez que c’est moi qui vais l’éteindre pour vous ? que je suis votre boniche ?
La brutalité de l’agression me laisse sans voix, je tente vaguement de trouver mes mots, mais au lieu de cela, je retourne éteindre, puis je présente mes excuses, j’ai oublié, ce n’est pas dans mes habitudes, je suis désolé… Elle me fait toujours bien face, la caméra bien orientée vers moi, et elle bien campée sur ses appuis, parée à toute éventualité. Je pourrais la brouiller en deux temps trois mouvements, mais elle se sent tellement supérieure et sûre d’elle que je retourne dans ma cellule “déguster” mon “riz méditéranéen” devenu froid. Je n’ai même pas la volonté d’oser lui demander l’heure, je sais d’avance qu’elle ne me répondra pas.

Je ne vous fais pas de dessin sur les qualité gustatives de ce riz médéterranéen, il est largement à la hauteur des autres plats dégustés jusque-là. Peut-être moins pire, quand même. On va dire le moins mauvais de tous. Je prends tout mon temps pour manger, j’hésite même à compter les grains de riz, histoire de m’occuper.

Cette fois, j’aurais mangé un bon quart de la barquette (à supposer qu’elle fasse entre 250 et 300g, ça ne fait quand même pas bézef : entre 60 et 75 grammes pour les nuls en maths !-. Notez bien que je n’ai rien contre les nuls en maths mais si ça peut vous aider à compter, ça me fait plaisir.

Comme à mon habitude, je dépose mon plat au sol, assez loin du lit. Je ne suis pas tombé la nuit dernière, mais deux précautions valent mieux qu’une.

Pour cette nuit, j’envisage un petit changement d’organisation, pas grand chose, mais de quoi gagner un tout petit peu en confort : Je vais border la couverture de survie au pied du lit ! Ça n'a l’air de rien, mais ça m’évitera bien des courants d’air au bout du lit à chaque fois que je bouge, et ainsi d’avoir froid aux pieds. Comme la veille, je me fais un oreiller de fortune avec les mêmes composants : paquet de mouchoir, short, t-shirt. La nuit va pouvoir commencer, bien qu’il soit sans doute très tôt (j’estime entre 20 et 21 heures grand max).

Je mets évidemment beaucoup de temps à m’endormir, je suis tellement déboussolé et déstabilisé, ça cogite et ça continue de tourner en boucle., chaque tentative de pensée autre me ramène en très peu de temps à un événement ou à un autre des dernières 30 heures.

Puis le marchand de sable finit par passer, ou c’était peut-être Morphée.

Lorsque je me réveille, tout est calme, il n’y a pas le moindre bruit autour de moi. JE tends l’oreille, et vraiment, je n’entends strictement rien (en dehors bien sur de ce putain de ventilateur). Je mettrai ma main à couper (bon disons plutôt un ongle) qu’il est entre deux et trois heures du matin. J’ai envie de pisser, mais sachant qui est de garde, je préfère me tourner et chercher une position qui appuiera moins sur ma vessie, plutôt que d’avoir à affronter cette furie. Je vais mettre un long moment à me rendormir, je vais avoir mal un bon moment et une envie difficile à contenir au prochain réveil, mais je ne reverrai sans doute pas cette s*** p*** !

Lorsque je me réveille à nouveau, c’est toujours calme, mais je soupçonne quand même d’être sur le matin. Je décide de ne pas appeler tout de suite, car j’entends la couverture de survie de mon voisin remuer, je pense qu’il ne va pas tarder à appeler pour aller fumer, je pourrais alors voir qui est de garde.

Et effectivement, ça ne traîne pas. Mon voisin appelle, et bonne surprise, c’est le même gardien sympa que j’avais eu le lundi matin. Je n’irai pas jusqu’à dire que ça me met du baume au coeur, mais je n'appréhende pas de demander à aller aux toilettes ou de demander l’heure.

Au retour du fumeur dans sa cellule, j’interpelle le gardien pour aller aux toilettes, et j’en profite donc pour lui demander l’heure. Il est à peine plus de sept heures.

Peu après, le gardien repassera pour me proposer un petit déjeuner, que j’accepte bien volontiers. Même si ses Pépito sont encore plus à la’échéance de la date limite de consommation, il sont encore comestibles, et toujours meilleurs que les plats préparés. Quant au jus de pomme à base de concentré industriel et chimique (arômes artificiels, conservateurs, sucre, et j’en passe), je le dilue dans ma bouteille d’eau, ça en devient presque bon, et me permet de rester bien hydraté. C’est toujours ça de pris, et je retrouve même un certain plaisir à boire.

Après ce petit déjeuner pantagruélique, j’interpelle à nouveau le gardien pour pouvoir aller faire une toilette : Depuis mon départ le dimanche matin, je n’ai pas pris de douche, je me suis vaguement débarbouillé avec des lingettes à usage unique, je me sens clairement sale. Je lui demande donc s’il me permet d’aller faire un brin de toilette, et je l’averti que je risque d’en avoir pour un moment. Il accepte bien volontier, ce type mérite une médaille.

J’avais pris soin de glisser dans la poche de mon short la lingette utilisée la veille. Une fois dans les toilettes, je commence par laver cette lingette au savon liquide à main, je me déshabille, et je me lave comme faisaient nos ancêtres : À l’eau, au savon, et au gant, en me frottant partout partout, puis en rinçant ma lingette pour me rincer. C’est con mais ça me fait un bien fou.

J’en profite pour retourner mon slip et mon t-shirt, vieux trucs de voyageurs quand on n’a pas de rechange ! Système-D ! L’autre avantage que je vois à retourner mon t-shirt, c’est que ce sera moins ostentatoire : Le mot PORSCHE écrit en gros au milieu du t-shirt, je ne suis pas sûr que ça plaide en ma faveur ! Je porterai donc mon t-shirt à l’envers jusqu’à ma sortie (sans scrupule et sans gêne).

Posté le :18/06/2025

- Monsieur Maillard, nous attendions les résultats de l’IMJ, les “victimes” ont reporté leur rendez-vous en fin d’après-midi. Dans ces conditions, le procureur a décidé de prolonger votre garde à vue.

Là, c’est le ciel qui me tombe sur la tête. Au fond, je suis réellement dévasté, mais je n’en montre rien, je regarde mes chaussures, partagé entre l'effroi et la rage qui me ronge. Heureusement que les armes ne sont pas en vente libre, j’ai des envies de meurtre.

Je demande quand même de quoi on parle, là :
- L’IMJ ?

Elle me répond qu’il s’agit de l’Institut Médico Judiciaire, les “victimes” doivent passer devant un médecin de la justice afin de refaire un diagnostic de leurs “symptômes”. Elle m’informe que leur RDV est repoussé aux alentours de 17h (ben tiens, comme par hasard), et donc qu’en toute logique, on devrait avoir les résultats en fin d’après midi, et par conséquent pouvoir me libérer à cette issue. Je crève d’envie de lui répondre “mais bien sûr, et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d’alu”, mais évidemment, je n’en fais rien : je suis persuadé que les “victimes” (j’ai envie de gerber quand j’entends ce mot pour la première fois, et toutes les fois suivantes, y compris là en l’écrivant) ont tout fait pour reporter leur rendez-vous, afin de s’assurer que je reste le plus longtemps possible en garde à vue. Ce flic connaît parfaitement les rouages de la justice, il sait pertinemment ce qu’il fait, en toute connaissance de cause. Sans doute bien aidé et conseillé par quelques collègues bien zélés également, d’ailleurs.

Je comprends alors que je suis sans doute reparti pour 24h de plus, en tout cas je m’y prépare, car je doute fortement de la bonne foi de cette femme (qui se montre d’ailleurs toujours aussi méprisante et agressive). Et je me retiens d’écrire quelque chose de beaucoup plus vulgaire quand je parle d’elle, croyez-moi.

Elle rédige donc un nouveau procès-verbal de prolongation de GAV, qu’elle me fait relire. C’est truffé de fautes, et issu d’un mauvais copier-coller, tout est au féminin, je lui en fait quand même corriger quelques unes, puis je fini par accepter de signer.

Elle m’informe ensuite que la procédure veut qu’on me prenne mes empreintes et des photos : je vais être fiché dans un fichier dont j’ai oublié le nom. En gros, je fais désormais partie du grand banditisme. Je ne sais pas si je dois en être fier ou honteux, surtout quand je mets en perspective avec ce pour quoi je suis là (un dépassement par la droite et un coup de frein, faut-il le rappeler ?).

Elle me descend donc au premier étage, et appelle une de ses collègues pour procéder aux relevés. A ce stade, je trouve ça plutôt étrange, car mes empreintes, ils les ont déjà, puisqu’avec les cartes d’identité modernes, elles sont déjà relevées. Mais je vais rapidement découvrir que ça va beaucoup plus loin.

La femme qui sort de son bureau est jeune, et d’un physique plutôt athlétique. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle ne sera pas communicative le moins du monde. En dehors des consignes, elle ne me dira pas un mot.

Nous commençons par entrer dans une salle rectangulaire d’une 10aine de mètres carrés, avec une armoire métallique à gauche, une table haute dans le prolongement, un vieux lavabo rectangulaire en céramique blanche sur le mur du fond, et un grand trépied pour appareil photo contre le mur de droite. Elle se dirige vers la table haute, et commence à préparer son matériel : une feuille de papier A4, et une espèce de grand tampon encreur. Elle enfile une paire de gants en caoutchouc, me demande d’approcher, et m’explique qu’elle va prendre mes empreintes, un doigt après l’autre, qu’il faut que je me laisse faire (ou plutôt que je la laisse faire), sans opposer de résistance, juste me laisser aller. Nous commençons par la main droite, elle me colle le pouce contre le tampon encreur en appuyant fermement et en prenant bien soin d’élargir la pression sur chaque côté du doigt, puis elle m’amène le pouce vers la feuille de papier A4, et vient le dérouler à l’emplacement prévu. L’empreinte est nette et sans bavure.

Elle réitère avec mes neufs autres doigts, de la même manière, et toujours sans un mot. Je pense en avoir fini, mais non : Elle va ensuite me plaquer la paume de la main contre le tampon, et prendre les empreintes de mes paumes. Si je dois commettre un délit un jour, faudra vraiment que je mette une combinaison intégrale !

Elle me désigne ensuite le lavabo au fond de la salle, et m’indique qu’il y a du savon à côté. Je dois m’y reprendre à cinq fois pour faire partiellement disparaître les traces d’encre, cette saloperie est tenace, et j’en garderai des traces un bon moment.

Une fois les mains à peu près propres, nous passons à la séance photo. Tels les grands criminels, on me fait poser devant une grille millimétrée, et elle me photographie de face, de profil, et de trois quarts. Cette fois, je suis bel et bien fiché “grand délinquant”. Je suis abasourdi, dépité, et dans le désarroi le plus total. Le moral redescend au niveau des chaussettes, voire plus bas…

On me redescend et on me remet en cellule. L’après-midi va être longue et particulièrement déprimante… Je ne me fais plus aucune illusion sur le déroulé des prochaines 24 heures.

Je m’allonge en essayant de me détendre, et de m’évader -au moins psychologiquement- en pensant à ma famille, aux vacances, aux bons souvenirs… je ne vous le cache pas : dans ce contexte, ça ne marche pas aussi facilement que ça… pour ne pas dire “pas du tout” !

Quelques heures plus tard, mes envies physiologiques se réveillent. J’appelle le gardien par la méthode habituelle, qui ne tarde pas à arriver. C’est toujours le gentil, je vais donc pouvoir lui demander l’heure : il m’informe qu’il est 18h15. J’avais donc raison de penser que je ne sortirai pas à 18h, tous ces fonctionnaires sont sans doute rentrés chez eux, il ne se passera plus rien avant demain matin. Du moins, rien qui ne concerne mon affaire…

Posté le :17/06/2025

En relisant le procès-verbal de l’OPJ, j’ai donc pu voir qu’il était presque midi : l’espoir grandit encore, je me dis qu’il ne me reste qu’un peu plus de trois heures à passer dans ce bourbier.

Je tente de trouver une position la moins inconfortable possible, et je repense à tout ce qui vient de se dire, à tout ce qui vient de se passer. Je ne vois pas ce qui pourrait aller de travers désormais, la fin du cauchemar me paraît proche, je vais bientôt sortir.

Il ne me reste plus qu’une chose à faire : attendre, attendre, et attendre encore. Un peu moins de trois heures et vingt-cinq minutes.

L’heure du déjeuner arrive : un gardien plutôt sympa, que j’avais eu le premier jour, vient me demander si je veux manger, et me donne le choix entre un couscous boulghour ou un riz méditéranéen. Pour un peu, je me crois au restaurant, je mange à la carte ! Je lui demande des détails sur les plats en question (composition, signification de “boulghour”), il est bien incapble de me répondre. La seule chose qu’il saura me dire, c’est que ce sont des plats végétariens l’un comme l’autre, c’est tout ce qu’il leur reste.

Ça me va bien, vu mon expérience de la viande, j’aime autant prendre du végétarien, je risque moins d’être déçu. Je commande donc le couscous, le riz de la veille m’étant resté un peu trop en travers de la gorge. J’hésite à lui demander l’apéro auparavant, mais finalement je renonce, je m’abstiens de faire de l’humour, et encore moins de l’ironie.

Le couscous m’est livré quelques minutes plus tard, toujours accompagné de sa micro-serviette en papier, et de sa cuillère en carton. Toujours deux compartiments, l’un avec le boulghour, l’autre avec ce qui ressemble à une sauce gélatineuse, contenant ce que je suppose être des brisures de légumes… Pas franchement appétissant, mais on va faire contre mauvaise fortune bon coeur, faut bien se nourrir un peu. La barquette doit faire dans le 300 grammes maxi, je n’ai malheureusement pas l’emballage pour détailler sa composition, et la seule mention imprimée sur l’opercule est un numéro de série : ce n’est pas avec ça que je vais pouvoir lire tout l’après-midi…

Petite parenthèse au passage : pour ceux qui -comme moi- ignore ce qu’est le boulghour, c’est une forme de semoule à base de blé tendre, alors que la semoule est à base de blé dur. Subtil…

Je commence par goûter le boulghour : c’est sec, mais pas mauvais. Ça ressemble quand même vachement à de la semoule ! Bon, c’est plutôt une bonne chose : je vais pouvoir grignoter un peu. Sans sauce, c’est quand même vraiment sec. Je vais finalement versé un peu de ce jus bizarre censé contenir des légumes sur mon boulghour. Je suis bien incapable d’identifier le moindre légume dans cette sauce, c’est dingue ! Je me demande vraiment où ils se procurent ces plats préparés, mais ce qui est sûr, c’est que même dans le plus discount des supermarchés les plus bas de gamme, on ne trouve pas de produit aussi immonde. Si on veut nous passer l’envie de moisir en garde à vue, la bouffe peut suffire à remplir la mission !

Je mangerai à peine un quart de mon boulghour, et tout au plus deux petites cuillères de sauce étalée sur le boulghour. Et je n’ai pas de sensation de faim. En même temps, vu l’exercice que je fais, il ne faut pas s’étonner !

Une fois le déjeuner mis de côté, je le dépose -comme la veille- au sol, éloigné du lit. Car le programme de l’après-midi est assez simple : Sieste digestive en attendant 15h25, l’heure de la fin de la garde à vue.

Le temps passe lentement, je m’abstiens d’appeler le gardien pour lui demander l’heure, je ronge mon frein et je serre les dents, avec un seul objectif en tête : sortir !

A nouveau, je me cherche des occupations, mais mes pensées reviennent systématiquement aux événements récents, et en particulier, aux mensonges de la partie adverse, aux fausses déclarations, aux faux symptômes médicaux. Je suis outré, dégouté, mais je n’y peux rien. Je dois juste attendre, encore et encore… Et espérer.

A force de boire, il arrive ce qui doit arriver : j’ai envie d’aller aux toilettes. J’appelle donc le gardien, toujours en frappant à plusieurs reprises, crescendo, sur la porte de ma cellule, jusqu’à ce qu’il vienne à ma rencontre. Coup de bol, c’est encore un des flics sympa.

Je lui explique que j’ai besoin d’aller aux toilettes, et au passage, devinez quoi ? Ben oui, je lui demande l’heure ! Il m’annonce qu’il est 15 heures. Je jubile intérieurement, et au retour dans ma cellule, je vais littéralement compter les secondes et les minutes. 25 minutes par 60 secondes, ça en fait, des secondes (1500, pour les nuls en math’ !). Je suis toujours plus ou moins bien aidé par ce ventilo qui tourne de manière irrégulière, et ayant des ratés toutes les 50 secondes environ (données non garanties !).

Quand arrive 15h20 (à ma montre mentale), la femme qui m’a placé en garde à vue le dimanche arrive dans le couloir des cellules, et fait ouvrir ma cellule au gardien :
Monsieur Maillard, suivez-moi.
Vu le ton employé, ma confiance se fissure. J’ai le sentiment qu’il se passe quelque chose, sans certitude, mais le fait qu’elle ne m’annonce pas ma libération sur le champ me laisse perplexe.

Cette fois, elle passe devant, m’empêchant ainsi de monter deux par deux. Nous arrivons à son bureau, elle m’ordonne de m’asseoir, s’installe à son tour et…

Posté le :16/06/2025

Mon avocat sort du bureau et me demande de l’attendre, afin d’éviter des problèmes supplémentaires. Il interpelle un agent pour qu’on vienne nous chercher. De nouveau, c’est l’agent qui m’a mise en garde à vue qui viendra. Nous montons au deuxième étage, dans le bureau de l’OPJ qui nous attend.

L’homme est un quinqua qui semble affable, ni agressif ni méprisant, solide sur ses appuis, barraqué mais vraiment pas antipathique. En découvrant la décoration de son bureau, aucun doute, c’est un sacré supporter de football (une écharpe de l’Olympique de Marseille accrochée derrière son bureau, plusieurs affiches de l’équipe, des fanions, et page A4 scotchée, composée d’un gros doigt d’honneur légendé par “FUCK LE PSG”. Je trouve ça particulièrement déplacé et vulgaire, mais je m'abstiens de tout commentaire.

Mon avocat m’avait briefé : Le mec va essayer de gagner ma confiance, commencer par des questions sans rapport avec l’affaire, “tâter” un peu à qui il a affaire, me mettre en confiance pour me faire parler, puis aborder l’affaire dans le détail. Jusqu’à la fin de l’entretien, mon avocat ne pourra pas dire un mot, ne pourra pas me conseiller, ni même me faire un signe de tête pour acquiescer ou refuser, il n’aura le droit de parler que lorsque l’OPJ le lui indiquera.

Et c’est grosso-modo ce qu’il se produira : il commencera par des questions d’ordre un peu générales (mon identité, celle de mes parents, d'où je viens, ce que je fais comme métier, ce que je faisais à Lunéville…), puis il me demande de lui donner ma version des faits, de m’expliquer ce qu’il s’est passé.

Encore une fois, je m’applique à faire des phrases courtes, à bien respirer entre chaque phrase, et à rester strictement cohérent dans mes propos par rapport à ce que j’ai pu dire jusque là. Comme je n’ai menti à aucun moment, à aucun agent, ça ne me pose aucun problème. Je déroule les faits, il demande parfois des précisions, il y va même de son petit commentaire pour dire que ça arrive à tout le monde de s’énerver au volant, surtout quand quelqu’un vous agace et vous bloque le passage. J’aurais presque pu le trouver sympa et compréhensif, à cet instant, si je n’avais pas gardé en tête qu’il essayerait d’endormir ma vigilance, et de me faire parler pour me faire avouer d’éventuelles autres choses. En même temps, je ne vois pas ce que j’aurais pu dire d’autre, je n’ai toujours raconté que ce qui s’était réellement passé, et déjà, ce faisant, je reconnais avoir déjà bien merdé.

Bien entendu, il y va quand même de son couplet moralisateur (que j’accepte volontier, car au fond, je suis assez d’accord) : “Vous vous rendez compte que ça aurait pu mal tourner ? Que le chauffeur derrière vous aurait pu mal réagir, donner un coup de volant pour vous éviter, percuter l’usager de la voie de droite, et finir en tonneau ? Vous savez, quand il faut aller ramasser les cadavres lors d’accidents de ce type, ce n’est pas joli joli, vous avez eu de la chance…” etc etc. Ça n’a pas duré trop longtemps, mais j’ai accepté sans sourciller. Et au fond c’est assez vrai, ça aurait pu mal tourner. Sauf qu’en freinant, je surveillais mon rétro, et quand il était proche, j’ai relâché les freins. Je précise à l’OPJ qu’il a également relâché les freins (j’ai bien vu le nez de sa voiture se relever), puis il a accéléré pour venir me percuter. Ce sera indiqué dans son procès-verbal, mais il me précise que c’est ma parole contre la sienne, et comme il est agent de police assermenté…


L’OPJ me demande ensuite si j’ai voulu prendre la fuite. J’écarquille les yeux, je réponds instantanément :
- Jamais de la vie, je suis même resté constamment du côté passager de ma voiture, auprès de ma femme !”.
L’agent sort alors une feuille de papier, la parcours jusqu’au passage qu’il cherchait, et me lit une partie de la déclaration de l’autre chauffeur : Il déclare que j’ai cherché à fuir, et qu’il a dû faire intervenir son ami pour qu’il aille mettre sa voiture devant la mienne pour m’en empêcher. Je tombe de nues, j’hallucine totalement. Sur le coup, je suis à deux doigts de m’emporter (encore). Je conteste formellement, je répète que je n’ai pas bougé un seul instant du côté passager, sauf une fois pour aller ouvrir le coffre de ma voiture, mais je n’ai pas à monter dedans pour le faire. J’ose préciser que c’est un mensonge, mais ce ne sera pas retenu, ni même mentionné…

L’OPJ m’informe enfin que les parties adverses se sont vues prescrire huit jours d’ITT chacuns (mari et femme) par le médecin des pompiers qu’ils ont vu sur le lieu de l’accident. Monsieur a une entorse au poignet, et madame a une entorse aux cervicales. Mes jambes flageolent ! Je suis à deux doigts d’hurler et de les traiter de f… d… p… en criant dans le bureau ! Le mec, en sortant de sa voiture, se pavanait, gesticulait, faisait des aller-retours en téléphonant de sa main droite, m’agressait verbalement, il n’avait pas l’air d’avoir mal le moins du monde. D’ailleurs à aucun moment il ne l’a mentionné. Idem pour sa femme, qui nous a également salement agressé verbalement (“salaud de Porschiste, avec votre bagnole vous avez des bien meilleurs freins que nous, vous auriez pu nous tuer…etc etc”), elle non plus ne se tenait pas le cou au moment ! Ni même après. J’ai bien des photos pour le prouver, mais je n’en parle pas, car en réalité, ça ne prouverait rien, on me répondra que je ne suis pas médecin… J’ai compris comment ça marche, maintenant…

Une fois ma déposition terminée, l’OPJ demande à mon avocat s’il a des questions complémentaires.

Il en a deux :
- Est-ce que, lorsque j’étais derrière lui, je savais que la personne devant était policier ?
- Non, il n’y avait aucun signe, aucun indice, c’est une voiture ordinaire, sans autocollant, ni marquage, sans gyrophare.
- Une fois que vous vous êtes arrêté, est-ce qu’il a fait état de son statut de policier ?
- Oui, c’est même la toute première chose qu’il a faite, il a ouvert son porte carte, m’a annoncé qu’il était policier, et il a instantanément demandé à ce que je lui sorte mes papiers.

L’OPJ mentionne les questions et réponses, il reprend la déclaration de la partie adverse, et lit le passage où le mec indique qu’il n’a jamais sorti sa carte de policier, n’a jamais fait valoir son statut ! Je bouillonne, je fulmine, évidemment -le moins que je puisse faire- je lève les yeux au ciel, je fais des “non” de la tête, mais à quoi cela servirait-il de chercher à la contredire : encore une fois, c’est sa parole contre la mienne. Je l’ai dans le c**, et bien profond.

L’OPJ termine la rédaction de son procès verbal (il utilise 4 doigts pour taper, lui, c’est déjà mieux), puis il me demande de le relire pour confirmer qu’il est conforme à mes déclarations. Je le relis (j’en profite pour regarder l’heure sur la barre de tâches), rien ne me choque particulièrement, même si je le trouve un peu “à charge”, mais les grandes lignes et ce que je considère comme mes principaux arguments sont bien présents (la circulation sur la voie de gauche, le doigt d’honneur, la provocation, la circulation constante à la hauteur du véhicule sur la voie de droite, et le fait qu’il ait ré-accéléré pour me percuter).

Mon avocat demande à l’OPJ quel est le procureur de service, ils échangent quelques mots à son propos, je retiens juste que c’est un type sérieux, rigoureux dans ses enquêtes (il demande les preuves de tout, il veut des dossiers complets et bien ficelés), quelqu’un de droit et -apparemment- de juste.

Comme chantait Lara Fabian, “j’y crois encore”.

L’entretien se termine, mon avocat me fait un petit signe de tête accompagné d’un sourire qui semble vouloir dire que ça c’est bien passé, que je n’ai pas dit de connerie. Et on nous raccompagne au rez-de-chaussée.

Une fois en bas, mon avocat me salue, et je suis dirigé vers ma cellule.

Posté le :15/06/2025

La matinée tire en longueur. J’ai tendance à rester allongé, car aucune position assise ne m’est confortable. Le dossier vertical me casse le dos, le “matelas” me casse le cul, la position en tailleur me tire sur le nerf sciatique, bref aucune position n’est vraiment confortable. J’arrive à trouver une position intermédiaire en pliant le matelas en deux, une partie me servant de dossier, l’autre d’assise. Ça va un temps, puis je change souvent de position, histoire de ne pas -en plus- se chopper des escarres.

Avec l’autre détenu, on alterne les pauses WC pour moi, et WC et clope pour lui, en attendant le déjeuner. Je ne dirait pas que ça distrait, mais ça rythme un peu la matinée.

Lors d’un passage aux toilettes, je prends quand même le temps de faire un brin de toilette. J’ai utilisé les lingettes, alors je me contenterai d’enlever mon t-shirt, de me mouiller les mains, de prendre un peu de savon à main, et de me débarbouiller les zones sensibles. Puis de me sécher avec les serviettes en papier.

Sans rien avoir à faire sous la main, on revient à nos racines : Pour ma part, j’ai toujours bien aimé les chiffres, alors je compte les carreaux (et les barreaux), je révise mes tables de multiplication (jusqu’à 12), je tente même de compter les secondes et les minutes en me calant sur la ventilation irrégulière… Je tente de retrouver les paroles de quelques chansons… ça n’en finit pas, et mon esprit revient constamment à l’accrochage, et à cette situation ubuesque.

En milieu de matinée, la femme qui m’a placé en garde à vue me rend une petite visite, pour m’informer que mon avocat sera là d’ici une demi-heure, et qu’ensuite je devrais aller faire ma déposition devant l’officier de Police Judiciaire (OPJ). Toujours aussi “gracieuse” et “souriante”... Je me permets ici l’ironie que je n’ai (heureusement) jamais utilisée là-bas…

L’espoir renaît : je vais enfin voir quelqu’un qui devrait être de mon côté. Enfin une bonne nouvelle.

Je continue de compter les minutes et les secondes… C’est définitif, je compte trop vite : lorsque j’ai fini de compter mes 30 minutes, l’avocat n’est toujours pas là. Il faudra patienter encore…

Quand il arrive enfin, on vient m’ouvrir, et on m’oriente vers un bureau tout proche dans lequel il m’attend. On m’informe que nous avons 30mn, pas une de plus. Puis on nous enferme dans ledit bureau.

Nous nous serrons la main, nous faisons les présentations, puis nous nous asseyons, et l’entretien va pouvoir débuter. Je cherche à rapprocher ma chaise du bureau, mais je m’aperçois rapidement qu’elle est fixée au sol. Ah ben oui, des fois que je m’en serve comme objet contondant…

La première chose qui me surprend, c’est la jeunesse (au moins apparente) de mon avocat. On dirait un jeune avocat tout droit sorti de l’école, un jeune commis d’office qu’on envoie au front sans expérience de la guerre.

Très propre sur lui (très beau costume, belle cravate en soie, pompes en cuir brillantes comme un miroir, besace en cuir de qualité, iphone 16 pro max, montre de luxe…), il présente bien, ce qui n’est pas franchement rassurant concernant la facture finale…

Il me demande de lui raconter ce qu’il s’est passé, afin de bien comprendre, car à ce stade, il ne dispose d’aucune pièce, d’aucun dossier, il sait juste que je suis en garde à vue pour des motifs de “mise en danger de la vie d’autrui” et de “conduite dangereuse”.

Je lui expose donc ce que je vous ai raconté dans le premier chapitre. Il fait un croquis pour bien comprendre, me pose quelques questions pour être bien sûr d’avoir tout compris. Il m’avoue être assez stupéfait de ma situation, et ne pas trop comprendre qu’on en soit arrivés là. Pour lui, le fait que la partie adverse soit un flic doit sans doute être le facteur aggravant de ma situation.

Il m’explique ensuite ce qui devrait se passer par la suite : Je vais être présenté à l’OPJ pour faire ma déposition, qui transmettra au procureur. Puis si tout va bien, je devrais être libéré à la fin des 24 heures de la garde à vue. A la suite de quoi, plusieurs scénarios seront possibles :
la police fait les constats, je risque une amende, et fin de l’histoire.
Le procureur veut aller plus loin, il demandera une suspension de permis en plus de l’amende, on enclenche une procédure “CRPC” (comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité), et fin de l’histoire.
Je refuse la CRPC, et on va au tribunal. Je risque une amende plus grosse, un retrait plus gros, mais on n’en est pas là, et cette option n’est pa encore envisageable.

Afin de me préparer à ma déposition, il me recommande d’exposer les faits de la même manière que je viens de le lui faire, en se concentrant uniquement sur les faits, rien que les faits : pas de jugement, pas de critique, pas de sentiment ni de sensation. Il me recommande également de rester calme, courtois, et de bien prendre le temps de répondre, de ne jamais me précipiter. Et surtout, d’être constant dans mes déclarations. Ce que j’ai pu raconter la veille aux agents de police doit en tous points correspondre à ce que je vais raconter aujourd’hui. S’il y a des variations, ils mettront en doute ma parole, et ça pourra être pire. Il m’invite à reconnaître les faits qui me sont reprochés, à faire un mea-culpa, et à faire le dos rond.

Il me confirme ensuite mes soupçons concernant la voiture : elle a bien été mise en fourrière. Mais elle n’est pas (encore) saisie. Il se veut rassurant de ce côté, pour lui rien ne justifierait la saisie définitive (spoiler : lui aussi, il n’a rien vu venir, à cet instant).

Je lui demande également s’il a des nouvelles de ma femme, il me réconforte en me précisant qu’elle a trouvé à se loger à proximité chez un ami. J’en pleure de joie, l’émotion est très intense à cet instant, j’ai l’impression que le cauchemar prend bientôt fin et je lui en suis reconnaissant.

Il me donnera aussi quelques conseils et recommandations concernant la garde à vue : elle est faite pour nous affaiblir, pour nous humilier, nous dégrader, il faut donc essayer de rester fort. Il faut aussi se méfier de tout le monde, car “tout ce que vous direz pourra se retourner contre vous”. J’en prends bonne note.

J’ose quand même lui demander de me rassurer quant à son expérience, car il me paraît vraiment très jeune (je le lui demande en prenant un maximum de précautions pour ne pas le vexer). Il se montre à nouveau rassurant, en m’expliquant qu’il a déjà sept ans d’expérience en tant qu’avocat pénaliste, et qu’il maîtrise à la fois son sujet, et qu’il connaît plutôt bien les interlocuteurs locaux (OPJ, procureurs, et juges). Il sera donc à même de bien me défendre. Je décide donc de lui faire confiance et le lui confirme.

Je l’interroge enfin sur ses honoraires, même si ce n’est pas la première de mes préoccupations, mais j’appréhende de savoir combien ça va nous couter : Cash, il me répond qu’une défense pour une garde à vue est forfaitaire à 1200€ (mille deux cents euros), et que la défense au tribunal est à 1500€ (mille cinq cents euros). Ça pique, mais j'acquiesce (ai-je vraiment bien le choix ?).

Avant d’aller voir l’OPJ et de mettre fin à notre entretien, je lui demande une dernière faveur : L’heure ! Ça peut vous paraître obsessionnel, mais c’est un repère qui permet d’envisager la fin du tunnel : Plus je me rapproche des 15h25, plus l’espoir grandit. Il est -à cet instant- 11h25. Plus que quatre heures à tenir (spoiler : je me mets le doigt dans l’oeil !).

Posté le :15/06/2025

Première étape, trouver une méthode pour me faire un oreiller. À la fois pour des questions d’hygiène et de confort, je décide de me déshabiller. J’enlève donc mon (petit) short, et mon t-shirt pour finir en slip-chaussettes. Je mets le paquet de mouchoir au milieu du short, je roule le tout, et j’enroule ensuite le t-shirt autour : Voilà un petit oreiller qui fera bien l’affaire faute de mieux.

Bien entendu, je cogite, je gamberge, ça continue de tourner dans mon esprit. Je cherche une position la moins inconfortable possible, en changeant plusieurs fois de sens, ce n’est pas facile sur une paillasse de 60cm de large quand on est habitué à avoir un mètre de plus ! La couverture de survie a tendance a se barrer un peu n’importe comment, et à me découvrir les pieds. La ventilation fait toujours un bruit de dingue. Et chaque mouvement fait crisser la couverture, même une simple respiration (essayer de dormir dans une feuille de papier aluminium géante, vous verrez).

Avant que je ne m’endorme, mon voisin de cellule tape fort sur sa porte. Je ne l’ai pas mentionné auparavant, mais quand vous avez besoin de quelque chose, il faut frapper. Assez fort pour que les gardiens vous entendent. Et parfois longtemps, parce qu’il leur arrive de s’absenter. Personne ne vient dans les minutes qui suivent, il recommence à frapper, encore plus fort. C’est fou comme ce bruit métallique peut raisonner dans les cellules et dans le couloir. On s’imagine que les gardiens ne peuvent pas ne pas l’entendre, mais soit ils font autre chose, soit ils ont un casque sur les oreilles pour jouer ou écouter quelque chose, mais ils ne viennent pas systématiquement. Mon voisin finira par -quasiment- défoncer sa porte et taper dans les murs pour qu’on finisse par l’entendre et venir. La gardienne lui demande ce qu’il veut, je n’entends pas sa réponse (car je pense qu’il lui a mimé) : Elle ouvrira sa cellule, et l’accompagnera à la porte d’en face : il s’avère que c’est la cellule pour fumer. Elle l’y enfermera le temps qu’il fume sa clope, puis il tapera à nouveau pour qu’elle lui ouvre et le ramène à sa cellule. Ambiance…

Finalement, le marchand de sable ne traîne pas trop, et je m'endors assez rapidement vu le contexte (toutes proportions gardées).

Lorsque je me réveille, comme tout le monde ou presque, j’ai envie de me soulager (physiquement, parce que sinon, je n’ai aucune envie de retourner dans ces WC). Je me lève, me rhabille pour être un minimum présentable, et vais à mon tour frapper à la porte. D’abord calmement, de la même façon que vous frapperiez à une porte pour visiter un ami. N’obtenant pas de réponse, je frappe plus fort. Puis encore plus fort, jusqu’à “très fort” ! Un nouveau gardien se présente, et me demande ce que je veux (à travers la porte). Je lui indique donc mon désir de passer aux toilettes, et si possible, de pouvoir remplir ma bouteille. Il accepte bien volontiers, celui-là a l’air plutôt sympa.

La lumière des WC vacillaient lors de mon précédent passage, là, elle est carrément morte, je dois donc laisser la porte ouverte pour viser la cuvette sereinement… J’en profite pour me laver les mains, me rafraîchir le visage, et remplir ma bouteille.

En sortant, je signale l’ampoule HS au gardien, et tente de lui demander l’heure. Il me répond qu’il est 2H25 (du matin) ! Et merde…Je le remercie, et retourne dans ma cellule.

Un peu trop tôt pour rester debout à cogiter, je décide d’essayer de reprendre ma nuit. Je réinstalle donc mon oreiller de fortune, et cette fois, je décide de tenter de border le bout de la couverture de survie au bout du lit, pour mieux protéger mes pieds.

Finalement, je me rendormirai assez vite, en ayant pensé à des choses heureuses. Je serai réveillé plus tard par mon voisin qui voulait aller fumer, je ne vous refais pas le film correspondant, c’est le même que la fois précédente.

Je profite néanmoins de l’occasion, quand le gardien ramène l’autre détenu, pour l’interpeller. Je souhaite retourner aux toilettes, et lui demander l’heure. Il est près de 6h du matin.

Je reste à flemmarder un moment (rien d’autre à faire), quand le gardien repasse et me demande si je veux déjeuner. J'acquiesce volontiers, vu mon repas de la veille, je commence à ressentir un peu la faim. Trois minute plus tard, le gardien revient et me donne une brique de jus de pomme (à base de concentré) 20cl (avec la paille pliée dans son emballage collé à la brique), et un sachet contenant deux “Pépito”, qui expire dans trois jours (6 juin 2025) ! Le chocolat sur le dessus est blanchâtre, ça ne fait clairement pas envie ! Quand au “jus de pomme”, bourré de sucre, s’il avait eu un nutriscore, je pense qu’il serait proche du Z. C’est ultra sucré, au goût très synthétique, voire chimique. Pas de boisson chaude (ça pourrait servir d’arme), pas de tartine, et encore moins de pâte à tartiner ! Je saurai néanmoins m’en contenter. J’en profite pour lui demander l’heure : il est 8h30, bizarrement, je me surprends à avoir dormi bien plus que de raison.

Il est temps d’envisager un brin de toilette, j’utilise donc ma lingette visage et celle pour le corps, je m’habille, et… je patiente. Que voulez-vous faire d’autre ?

Posté le :14/06/2025

La femme en face m’annonce froidement, à brule pourpoint, mon placement en garde à vue à compter de cet instant, ce premier juin 2025 à 15h25, pour conduite dangereuse et mise en danger de la vie d’autrui.
Heureusement que je suis assis, sinon je crois que je me serais effondré. Je m’attendais à venir faire une déposition, on ne me demandera rien sur les faits ou les circonstances ! Le piège vient de se refermer. Invraisemblable ! Incroyable. Je suis complètement abasourdi.

Elle commence à rédiger son procès-verbal, je tente de prendre mon téléphone pour envoyer un message, mais ça ne lui échappe pas, elle me l’interdit illico.
Elle me demande ensuite mon permis et ma pièce d’identité. Tout étant dématérialisé sur mon téléphone, je lui demande donc de pouvoir reprendre mon téléphone, et lui ouvre l’application. Étonnement, elle n’est pas équipée pour décoder le QRCode, je lui ouvre donc les données supplémentaires et la laisse même manipuler mon téléphone (à regret).

Elle commence à me lire mes droits, me demande si je veux un avocat (oui), si je veux voir un médecin (non), et puis si je veux passer un appel (oui), à qui et à quel numéro. Je reprends donc mon téléphone sous sa stricte surveillance.

Je sélectionne un ami à appeler dans mes contacts, et lui donne le numéro. L’appel se fera de son téléphone, pas du mien. Notre échange dure assez peu de temps, j’essaye de lui donner un rapide résumé de la situation, d’obtenir quelques conseils, et de lui donner quelques consignes pour aider ma femme (l’informer, lui trouver un logement, lui faire appeler des amis…).

L’agent continue de taper son procès-verbal (à deux doigts, l’index d’un côté et le majeur de l’autre), puis finit par me demander de le relire en tournant vaguement son écran. Je relis, ne trouve trop rien à redire (je ne suis pas avocat), et je lui indique quand j’ai fini de lire. Elle me demande alors de le signer, ce que je décline, car je souhaite avoir les conseils d’un avocat avant de signer quoi que ce soit. Ce refus est très mal accepté, le logiciel permet de signer, ou de refuser de signer. Je ne refuse pas, je demande à voir un avocat, elle indiquera que j’ai refusé.

Aussitôt après, nous redescendons au rez-de-chaussée, où elle appellera le “chef de poste” pour me prendre en charge. C’est une autre femme, assez forte, mais pas antipathique. Ferme, mais ni agressive ni méprisante.

Je suis aussitôt orienté vers la zone des cellules, sorte de grand couloir en cul de sac, illuminé par une lumière blafarde à base de vieux néons, avec les cellules sur la gauche, une unique porte sur la droite, deux poubelles qui dégueulent de déchets, tout au fond et une table sur laquelle est posée une caisse en bois. Dans la plus grande des deux poubelles, je vois un papier façon papier cadeau (un genre papier brillant métallique or et argent). Je me dis qu’ils ont dû faire une fête d’anniversaire dernièrement et offrir un gros cadeau… (spoiler : que neni !).

Nous approchons de la table, et l’agent me demande de déposer dans la boîte tous mes effets personnels : bijoux, montre, téléphone, casquette, et d’y vider mes poches de tout ce qu’elles contiennent.
J’ai toujours les jambes un peu flageolantes, je ne comprends toujours pas comment j’en suis arrivé là. Sorte de cauchemar éveillé.

Je dépose donc mon téléphone, mes Airpods, mon alliance, mes lunettes de soleil, et ma casquette. C’est tout ce que j’ai à cet instant ! J’ai quitté la voiture en mode “léger” (short, t-shirt, chaussettes). Il me reste également la mini bouteille d’eau que m'avaient fourni les pompiers, qu’elle consent à me laisser.

Elle me demande si je veux garder mes chaussures ou si je les laisse à l’extérieur. Je ne comprends pas trop ce que ça signifie ni les implications que cela pourra avoir, mais je décide de les garder. Elle me demande alors de lui remettre les lacets. Puis elle m’ouvre une des cellules, “m’invite” à y entrer en utilisant le tutoiement, puis s’en excuse en prétextant avoir pris cette habitude avec ses “habitués”. Elle referme cette lourde porte en fer assez brutalement derrière moi, en la claquant, puis en verrouillant à double tour dans un bruit métallique très intimidant.

Premier réflexe, le “tour du propriétaire” : Au fond, en dur, un “lit” sur toute la largeur de la cellule (environ 2m). Sur le dessus de ce bloc de béton sont fixées des lames de bois, ressemblant vaguement à du parquet de chêne ancien. Et par dessus, un “matelas” d’environ 3cm d’épaisseur, en vinyl (skaï ?) marron. Ne cherchez pas l’oreiller, ni le drap du dessous, en encore moins la couette. Rien de tout ça.

En face de ce qui devra servir de lit se trouve la porte (sur la gauche), et une grande baie vitrée sur la droite, solidifiée par des grilles métalliques dont les barreaux vous dissuadent de tenter de les défoncer à coup d’épaule, et par des verres blindés doublés par du plexiglas.

Au-dessus de cet ensemble vitré, une première caméra est fixée dans l’angle supérieur gauche. Une autre est nichée au milieu de la cloison (tout en haut également), et enfin vers la droite, une deuxième niche accueille une ampoule allumée, protégée par une vitre blindée. Y sont collés des bouts de papier toilette, sans doute dans le but de limiter la luminosité (c’est très discutable, et je ne veux pas savoir avec quoi ça a été collé).

Au plafond se trouvent deux grilles, l’une du côté des parois vitrées, qui souffle fort un air qui semble assez frais, et l’autre -j’imagine- sert à l’évacuation de l’air. Le bruit du ventilateur ressemble au bruit que faisait la hotte aspirante de ma grand-mère quand elle la mettait à fond : très bruyant et un peu irrégulier. ça promet...

Les murs sont recouverts d’un (très) vieux crépis jaunâtre bien solide, on n’y trouve aucune gravure ni inscription.

Et là commence cette phase d’introspection. De solitude. De questionnement. D’incompréhension. De rage, aussi. D’attente. Les questions fusent dans ma tête, les pensées virevoltent, je me refais le film dix fois, cent fois, mille fois... Et le temps semble s’être arrêté, les minutes paraissent être des heures.

Au bout de ce qui me semble être une bonne heure, l’agent revient, et me demande de l’accompagner pour signer mon récépissé de dépôt des objets déposés précédemment dans la boîte. Elle m’amène dans un bureau sur lequel se trouve une table et un vieil ordinateur, disposant d’une souris et d’une tablette avec stylet. L’agent dresse l’inventaire de mes objets, me montre l’écran pour que je confirme, puis me demande de signer. L’inventaire est complet, je m’apprête à prendre le stylet pour signer, mais elle m’indique que ça ne marche pas avec ce logiciel, il faut signer avec la souris dans un petit cadre en bas à droite. Je me contenterai de faire une croix… Par la suite, je regretterai de ne pas avoir fait mentionner l’état des objets déposés, sans que cela prête à conséquence (heureusement).

L’agent me raccompagne ensuite à ma cellule, sans un mot, et referme aussi virilement la porte que la fois précédente.

La garde à vue est une vraie découverte pour moi. Je ne m’y étais jamais intéressé plus que ça, je pensais que cela ne concernait que les gros délinquants, les braqueurs, les assassins… Je vais donc découvrir que je fais partie de cette caste de gens pas fréquentables.

Le premier élément déroutant, c’est la notion du temps : Sans montre, sans horloge au mur, sans téléphone, sans aucune lecture, sans occupation, on perd nos repères. La lumière artificielle de la cellule et du couloir, allumée en permanence, contribue largement à ce trouble. J’ai du mal à savoir l’heure qu’il est. Finalement, les seuls points de repère temporel seront les “repas”.

Le premier me sera donc servi dimanche soir. Fin d’après-midi, début de soirée, soirée ? Aucune idée. L’agent vient ouvrir ma cellule, et me demande si je veux manger. J'acquiesce, même si en réalité, je n’ai pas faim, ces émotions m’ont clairement coupé l’appétit. Elle me demande d’abord si j’ai des allergies alimentaires, puis si je veux de la viande ou un plat végétarien. Je tente la viande.

L’agent prend note, puis referme la cellule. Environ trois minutes plus tard, elle revient avec une barquette blanche contenant deux compartiments, le genre de barquette (au moins sur la forme) que l’on trouve en supermarché, rayon plats préparés, à réchauffer au micro-ondes. En accompagnement, j’ai droit à une serviette en papier carrée d’environ cinq centimètres de côté (va pas falloir se renverser le plat sur le t-shirt), et une mini cuillère en carton, sans manche (imaginer une cuillère à soupe, sans manche, et en carton). Ne cherchez pas l’entrée ni le dessert, et encore moins la boisson. Ne nous plaignons pas, le service est compris… Avant qu’elle ne me claque la porte au nez, je lui demande si je peux passer aux toilettes au préalable (histoire de me soulager, et surtout de me laver les mains). Ce qu’elle accepte, je dépose donc mon repas sur mon "lit", et me dirige vers les toilettes.

Ils sont sur la gauche à l’entrée du couloir, je ne les avais pas remarqués lorsque j’étais entré dans ce couloir pour la première fois. En ouvrant la porte, j’ai un geste de recul. Sur la gauche, un lavabo, surmonté de deux distributeurs, le premier pour les serviettes et l’autre pour le savon. Sur la droite, perpendiculairement, les WC. Outre l’odeur, la vue de la cuvette me donne la nausée. Et la raison est somme toute assez simple : Il n’y a pas de balai (des fois qu’on s’en serve comme d’une arme). Il n’y a pas de lunette non plus, ni de couvercle, pour les mêmes raisons. La lumière est faiblarde et blafarde, l’unique ampoule en fin de vie clignote en attendant de rendre définitivement l’âme. Bien entendu, ne cherchez pas non plus le verrou pour vous enfermer, il n’y en a pas non plus. Je me soulage debout, afin d’éviter de poser mon séant sur ce trône immonde, j’hésite même à tirer la chasse de crainte d’attraper des maladies, puis je me lave les mains à fond, comme jamais je ne me suis lavé les mains. Au moins trois lavages avec double dose de savon ! J’en profite également pour faire le plein de ma bouteille, car la ventilation me dessèche, et je bois beaucoup plus que d’habitude.

En sortant, je précise à l’agent que je suis plutôt frileux, et lui demande s’il est possible d’avoir une couverture, et éventuellement des mouchoirs en papier. Elle réalise qu’elle a oublié de me donner mon kit d’hygiène, et m’informe qu’elle me l’apportera ultérieurement.

De retour dans ma cellule, il va falloir trouver une position pour manger sans trop risquer de s’en mettre partout, ni sur moi, ni sur mon “lit”, car je n’aurais aucun moyen de nettoyer. J’hésite à manger par terre, puis décide de tenter le tailleur sur le lit, en veillant à rester très vigilant et soigneux.

Le plat est un “poulet-curry avec du riz”. Le poulet baigne dans une sauce étrange, un peu gélatineuse, et est coupé en petits cubes de 5mm de côté. Je n’ai jamais vu de poulet sous cette forme, mais je tente la dégustation. Je ne prends qu’un cube, qu’il va me falloir au moins cinq minutes à avaler. Non pas que je n’ai pas envie, mais le truc ressemble davantage à une gomme en caoutchouc qu’à du poulet ! Et je cherche encore le curry… Pensant que j’étais peut-être tombé sur un mauvais morceau (on ne sait jamais), j’en tente un autre. Le verdict est sans appel : c’est dégueulasse ! Le riz, dans le deuxième compartiment, est sec de chez sec. J’hésite à y verser un peu de cette “sauce curry” douteuse. Je commence par goûter le riz sans sauce : C’est sec, comestible, mais terriblement sec. J’en mange deux ou trois petites cuillères, avant de me résoudre à ajouter un peu de sauce. C’est moins sec, mais vraiment pas meilleur. Au final, j’aurais mangé deux carrés de poulet, et quatre ou cinq mini-cuillères de riz, ce n’est pas avec ça que je risque de grossir ! Mais de toute façon, je ne peux rien avaler de plus, je dépose donc mon repas au sol, assez loin du lit, pour ne pas risquer de tomber dedans dans la nuit.

L’agent repasse un peu plus tard, pour m’apporter mon “kit hygiène” : Ce kit est composé :
- d’un paquet de 10 mouchoirs en papier,
- d’une couverture de survie (ce que j’avais pris pour un emballage cadeau dans la poubelle),
- d’un lingette multi usage de 30x20cm,
- d’une lingette pour les mains anti-bactérienne,
- d’une lingette pour le visage (à l'aloe vera),
- de deux “dentifrice à croquer”, sorte de cachet à croquer censé vous laver les dents (?).
J’en profite pour lui demander l’heure : il est passé 20 heures. Elle est assez humaine pour accepter de me répondre, ce ne sera pas le cas avec tous les agents.

Je passerai les prochaine minutes à essayer de lire les instructions sur chaque emballage de chaque lingette. C’est con, ça ne sert à rien, mais ça occupe.

Je me décide à m’allonger, n’ayant rien d’autre à faire. Je déballe la couverture de survie de son emballage, et je l'étale sur la paillasse. Je m’allonge en dessous, mais comme je ne dors pas sur le dos, l’oreiller me manque instantanément. Je tente une première option en repliant le bout du matelas, mais le vinyl est assez rigide, et surtout, ça devient vite collant et inconfortable.

Je reste stoïque quelque temps, à gamberger et ruminer, quand j’entends quelqu’un qui vient. On ouvre ma porte : Ce sont la cheffe de poste, et l’agent qui m’a signifié mon placement en garde à vue. Cette dernière me demande de la suivre, sur ce ton toujours aussi agressif et autoritaire, et ce regard méprisant. Je ne pose pas de question, je me relève, et je l’accompagne.

Nous remontons au deuxième étage, comme elle me demande de la devancer, je monte les marches comme à mon habitude : deux par deux. Je l’entend souffler et galérer à me suivre, et j’avoue en éprouver un certain plaisir.

Arrivés dans son bureau, elle me demande (ou plutôt elle m’ordonne) de m’assoir, et m’informe qu’elle a reçu un appel d’un avocat, qui prétend être mon avocat (mais qui n’est pas celui que j’avais indiqué lors de mon placement en GAV).
N’ayant aucune information, je me doute que ça vient de mes amis à l’extérieur. Comment ont-ils pu dénicher un avocat un dimanche soir ? Je me le demande. Mais visiblement, ils en ont trouvé un ! J’accepte donc qu’il soit mon conseil, et je signe cette fois son procès verbal.

Nous redescendons dans les mêmes conditions qu’en montant : deux par deux pour moi, et elle, en galère derrière, à essayer de me suivre. Je m’applique à ne pas aller trop vite afin qu’elle n’alerte pas ses collègues en pensant que je tente de m’échapper. Puis je réintègre ma cellule. La nuit va pouvoir commencer !

Posté le :13/06/2025

Nous sortons de nos voitures respectives, venons à la rencontre l’un de l’autre, visiblement tout aussi énervé l’un que l’autre.

Avant tout dialogue, il me sort sa carte de policier, et m’annonce que ça ne va pas se passer comme ça (ou quelque chose signifiant cela), que tout est filmé, et qu’il va appeler ses collègues. Il me demande (ou plutôt, il exige) mes papiers, et m’ordonne de ne pas bouger de là.

Je patiente, pendant qu’il passe ses coups de fil, assez persuadé que les flics ne se déplaceront pas, puisqu’il n’y a pas de corporel : en effet, personne n’est blessé, tout le monde est sorti des voitures, sans bobo, et pour cause, le “choc” a eu lieu à une vitesse très réduite, et on ne devrait même pas parler de choc, tellement la poussette était légère. Preuve en est : aucun dégât apparent sur les voitures, les airbags ne se sont pas déclenchés, seule la sécurité piéton (capot actif) s’est activée sur son véhicule, ce qui a eu pour effet de soulever son capot moteur.

Au bout d’un assez long moment, voyant qu’il n’est plus au téléphone, je me décide à retourner le voir, dans le but de faire un constat. Il me répond qu’il ne fera pas de constat, qu’il attend ses collègues. Je lui réplique que comme il n’y a pas de corporel, la police ne devrait pas se déplacer. Ce à quoi il me demande si je suis médecin, et m'intime l’ordre d’attendre, les secours ne devant plus tarder.

Les premiers à arriver sur les lieux sont des pompiers. Ils sécurisent la zone en mettant leurs deux camions en amont des deux voitures respectives, et un peu à cheval entre la zone d’arrêt d’urgence et la voie de droite de circulation. Ils élargissent ensuite le périmètre avec des plots, pendant que d’autres vont voir les occupants de la voiture de derrière, puis un peu plus tard vers nous.

Ils nous demandent si nous sommes blessés, si nous avons des douleurs quelque part afin d’éventuellement prodiguer les premiers secours, mais nous n’avons strictement rien, nous leur demandons juste un peu d’eau s’ils en ont, car nous attendons depuis au moins une demi heure en plein cagnard, sur le bitume, et nous avons épuisé nos réserves d’eau.

Arrive ensuite un véhicule de l’équipement, qui sécurise encore un peu plus la zone.

Les pompiers reviennent nous voir, nous redemandent si nous n’avons rien, nous posent quelques questions sur les circonstances, font le tour de la voiture afin de constater qu’il n’y a aucun dégat apparent. Ils prennent quelques photos des véhicules, font leurs constatations, et retournent vers l’autre véhicule.

Peu après s’arrête une autre auto. Il s’avère que c’est un ami (policier) de la partie adverse. Ce dernier nous insulte copieusement, et en serait sans doute venu aux mains si son collègue ne l’en avait pas empêché. Ils restent ensemble un long moment à discuter, je comprendrai bien plus tard qu’ils mettent en place une stratégie salement bien ficelée. Ce deuxième agent déplace sa voiture pour venir la mettre un peu en avant de la mienne. Si j’ai naïvement pensé que c’était pour se mettre en sécurité, ma femme me donnera une toute autre interprétation par la suite : M’empêcher de partir.

Une première voiture de police arrive peu après. Suivi d’une autre quelques minutes plus tard. Ça commence à faire déjà beaucoup de monde pour une simple touchette.

Un premier policier vient à ma rencontre, et me demande, sur le ton d’une simple conversation, ce qu’il s’est passé. Je ne vais pas lui mentir, je lui explique le bouchonnage file de gauche, puis le bouchonnage à hauteur d’un autre usager, puis le doigt d’honneur, puis mon dépassement par la droite et le coup de frein, et enfin, sa ré-accélération pour me percuter, et enfin le stationnement sur la BAU.

La réaction de l’agent me fait penser qu’il trouve ça négligeable, façon de dire qu’ils aient eu à se déplacer pour ça est vraiment futile. J’ai même le sentiment qu’il trouve ça excessif, qu’il trouve le comportement de l’autre quelque peu abusé, considérant qu’il roulait à gauche et qu’il aurait donc dû se rabattre s’il ne doublait pas. L’agent repart et nous laisse en plan, nous indiquant de patienter.

Un peu plus tard, rebelote : un autre agent arrive, et me pose plus ou moins la même question : Que s’est-il passé. Sur le même ton de la “gentille” conversation, ces agents en uniforme se sont montrés courtois et même aimables. Je lui raconte donc la même histoire, en toute transparence. Nous faisons un rapide tour de la voiture pour constater qu’elle n’a aucun dégât apparent. Il va même jusqu’à me poser quelques questions sur la voiture (autrement dit, il fait mine de s’y intéresser).

Avant de nous laisser, ma femme lui demande ce qu’on risque, il nous répond “rien”, juste un constat et c’est tout. Il m’informe qu’il me faudra faire ma déposition, et me demande de patienter (encore).

Peu après, je verrai le conducteur de la partie adverse sortir du camion de pompier avec un gros bandage sur le poignet. Les bras m’en tombent, peu avant, on le voyait bouger frénétiquement, me menacer, ou téléphoner avec cette même main, sans la moindre douleur apparente !

Un autre camion de pompier (le troisième) arrive et se met quasiment à notre hauteur.
A nouveau, des pompiers viennent nous voir pour nous demander si ça va, si on a besoin de quelque chose, puis l’attente se poursuit. Nous n’avons pas bougé des abords de notre voiture, mais quasiment toutes les autres personnes conversent à l’autre extrémité.

Puis enfin, deux agents de police reviennent vers nous, afin de pratiquer les tests d’alcoolémie et de stupéfiant. Bien évidemment, les deux tests seront négatifs.

Un troisième agent nous rejoint et m’annonce qu’on va prendre ma déposition, et que pour cela, ils doivent m’emmener au poste. Ils me demande si ma femme peut conduire, ce à quoi je lui répond que non, plus pour lui éviter de souffir et de galérer au volant. Elle pourrait peut-être conduire, mais ce serait vraiment compliqué et sans doute douloureux pour elle. Nous convenons donc que l’agent prenne notre voiture et nous suive jusqu’au poste.

Je suis donc les deux agents jusqu’à leur véhicule, ils m’installent à l’arrière, et nous nous mettons en route pour l’hôtel de police de Lunéville (il porte très mal son nom). Temps de trajet : environ 10 à 15 minutes.

L’ambiance dans la voiture est assez glaciale, personne ne parle, pas même les agents entre eux, sauf pour demander d’entrouvrir la fenêtre.

Jusque là, je ne vois toujours rien venir…

Arrivé au commissariat, on me guide à travers quelques couloirs, et avant de monter à l’étage, un agent demande à son collègue qui m’accompagne si la procédure de saisie a été initiée. Je comprends immédiatement qu’ils parlent de notre voiture. Je ne saisis pas la réponse qui est faite, et on m’amène au deuxième étage, dans le bureau où l’on me demande de m'asseoir.

A cet instant, je suis toujours loin d’imaginer ce qui va me tomber dessus.

Posté le :13/06/2025

L’histoire commence sur une route nationale (la N59, une deux fois deux voies), vers Nancy, à proximité de Saint-Clément (Meurthe-et-Moselle).
Il fait beau et chaud, je roule pour rentrer à la maison.
Sans régulateur, et bien concentré sur ma route, je suis peut-être un peu au-dessus de la limite autorisée, mais si c’est le cas, ce n'est sans doute pas de beaucoup.

Quand je roule en Porsche, j’évite d’avoir une conduite agressive, je ne suis pas du genre à coller, ni à faire des appels de phares agressifs. Je ne dis pas que ça ne m’arrive jamais, mais autant que possible, j’évite.

Ce jour-là, un véhicule se trouve devant moi sur la voie de gauche, roulant clairement en dessous de la limitation. Je m’approche, reste quelque temps derrière, puis je finis par lui faire un petit appel de phare. Un seul.

Le type me répond par ce qui me semble être un doigt d’honneur, puis accélère pour se porter à la hauteur d’un autre véhicule circulant sur la voie de droite. Puis il ralentit afin de rester à la hauteur de cet autre usager, m’empêchant ainsi de les doubler.

Son manège dure un bon moment, au moins plusieurs kilomètres. La moutarde me monte lentement mais sûrement au nez, c’est vrai. Je commence à fulminer devant les provocations, et la colère gronde.

Comme chacun sait, elle n’est jamais bonne conseillère. Je peux le confirmer encore aujourd’hui…

Arrive une portion avec une bretelle d’entrée sur la nationale, en provenance de Saint-Clément (PK 7.8). J’agis sur un gros coup de colère : je déboite jusqu’à la voie d’accélération (bien évidemment déserte), et je double les deux autos par la droite. Je me remets sur la file de gauche, et, (mauvaise idée), je freine assez sèchement devant le type qui avait décidé de ma pourrir la vie.

Pourquoi je fais ça ? Je me le demande encore. Sans doute parce que mes parents le faisaient aux cons qui les emmerdaient de la sorte. Ou parce que je l’ai déjà vu faire. Ou simplement parce que, peu avant, en ville, en freinant brutalement pour éviter des animaux, une voiture qui me collait d’assez près a dû freiner fort également, s’est fait peur, et a ensuite gardé ses distances. Ou par esprit de vengeance ? Ou pour donner une leçon ? Peut-être un peu de tout ça à la fois, je n’en ai clairement pas conscience en tout cas au moment où j’agis.

Toujours est-il que le type freine également, je vois nettement sa voiture plonger, puis une fois que je relâche le frein, il le relâche aussi, mais il ré-accélère, et me percute légèrement.

Nous nous garons donc sur la bande d’arrêt d’urgence, au PK 7.4, assez large pour être assez éloignés de la circulation.
Pour moi, dans l’idée de faire le constat.
Mais pas pour lui, et je ne le comprendrai que plus tard, lorsqu’il sera déjà trop tard.

Posté le :12/06/2025

Toute ressemblance avec des faits et des personnages existants ou ayant existé serait purement fortuite et ne pourrait être que le fruit d’une pure coïncidence.
Les images des chapitres qui vont suivre sont purement illustratives et n'ont aucun rapport avec l'histoire qui y est racontée.

En écrivant cette histoire, j'avais deux objectifs principaux :

1. Sensibiliser la communauté aux risques, pour quelque chose qui peut paraitre anodin pour beaucoup d'entre nous, qui pourrait même être coutumier pour d'autres, afin qu'ils sachent à quoi ils peuvent s'exposer. C'est pédagogique.

2. et un deuxième objectif, beaucoup plus personnel. Peut-être pour exorciser, peut-être pour me souvenir d'une tranche de vie, peut-être pour écrire un livre (ou au moins une nouvelle), peut-être un peu tout ça à la fois. Mais ça me fait du bien. Et les commentaires de soutien que je reçois me font chaud au cœur.

Allez, c'est parti !

Posté le :19/06/2019

ça brille, et c'est grâce à lui !!
Merci Meguiar's

Posté le :11/04/2018

C'était à un petit RDN (clic), le 8 avril dernier.
Après deux ans de travaux, le cabriolet a enfin roulé, et pose à coté du coupé !
Yes !

Posté le :14/01/2018

La météo s'y prêtait bien : Après un passage éclair à Laigneville pour participer à une sortie d'anciennes (multimarque), direction ce viaduc inachevé pour cause de.... Guerre ! (14-18). Du coup, le viaduc est resté en l'état depuis tout ce temps. Plutôt sympa
C'est situé à Saint-Vaast de Longmont, dans l'Oise, au sud de Compiègne.

Posté le :30/12/2017

Joli cadeau du père Noël, pour habiller titine
Enfin pour rhabiller, plutôt, parce qu'elle avait déjà une jolie housse, avant...
Mais l'ancienne ira donc rejoindre le cabriolet bientôt

Posté le :13/02/2017

Mais on n'a toujours pas assez d'essence pour faire le route dans l'autre sens

Posté le :24/01/2017

Bien utile quand on découvre un ressort de soupape cassé ! 

Posté le :04/01/2017

Cadeau reçu ce jour, un logo découpé au laser ou au plasma, dans une tôle d'au moins 3mm d'épaisseur
Tout simplement magnifique.
Maintenant, qu'en faire ? La mettre au mur ? S'en servir de dessous de plat ? S'en servir de pochoir inusable ? Bonne question, j'hésite 

Posté le :11/12/2016

Comme chaque année, petit atelier "cartes" (vœux et membre).
Mine de rien, un peu plus de 300 cartes rédigées à la main, emballées, étiquetées, et cachetées pour certaines.

Celle qui ne sont pas cachetées attendent les cotisations, pour pouvoir insérer la carte de membre dans l'enveloppe.
Heureusement qu'on s'y était pris dès le matin, parce qu'après l'apéro, y'en a un qui a eu du mal à continuer    

Bref, on a encore passé une super journée en pensant à vous tous (et en personnalisant un maximum de cartes !)    

Posté le :07/11/2016

120 km, un plein d'essence à 107€ (!), une heure de route, boire deux cafés avec des potes à Chantilly...
Qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour ramener une baguette à la maison un dimanche midi ?! 

Posté le :26/07/2016

les montants ont été grattés/poncés, ce qui fait qu'ils sont cuivrés au lieu de noir. On démonte donc tout ça pour les faire peindre (époxy).
On en profite pour enlever les kilos de colles trouvés ça-et-là...
On nettoie les passages de porte, et on gratte la rouille, qui semble n'être que de surface, le passage d'un carrossier le confirmera (ou pas).
On nettoie aussi les intérieurs de porte, car ils renferment pas mal de merde, à commencer par les résidus des lèches-vitres qui se sont désintégrés... On en supprime au passage les fixations qui risqueraient de rayer les vitres.
Maintenant, c'est vacances, donc la suite, c'est fin août !    

Posté le :20/07/2016

Gros déblayage du cabriolet.
On a viré pas mal d'éléments de carrosserie : bas volet avant avec son spoiler (pourri), les bas de caisse latéraux, le pare-choc arrière.
On a viré toutes les moquettes intérieures (du moins celles qui restaient), la moquette de coffre, les sièges arrières, bref, tout ce qui doit être lavé et/ou réparé.
On a aussi sorti les bacs de portières, les caches latéraux arrières, bref tout ce qui a de la moquette.
On a viré aussi la boite à gant, tous les autocollants non d'origine qui traînaient, tout ce qui puait et/ou était mal rafistolé.
Il y a de la colle un peu partout...
La plaque d'immatriculation est collée, le spoiler avant qu'il avait détruit était collé en plein d'endroits, les butoirs de pare-chocs arrières idem, ainsi que les bandes caoutchouc, les seuils de porte tuning aussi, et j'en passe...

Coté moteur, le faisceau est mort (cuit), on a viré la tôle au dessus du delco (vis + colle), on a viré l'isolant qui se barre en lambeaux, les ressorts et autres bouts de métal / fil de fer qu'ils avait fixé à différents endroits, bref on a fait un premier gros ménage !
Mais le moteur tourne, pas (toujours) sur ses 6 pattes, mais il tourne sans bruit suspect, c'est déjà beaucoup !

On a fait un peu le diagnostic capote : Les moteurs de déverrouillage sont opérationnels (mais pas raccordés), par contre ceux du mécanisme sont déconnectés...
Et bien sur, l'électricité est coupée de partout, ça va être sport

Coté sellerie, les sièges sont cuits Le cuir est dur comme du vieux carton, je ne sais pas si on pourra vraiment rattraper ça...

Et coté carrosserie, quelques surprises sur le pont : traverses avant cassée, amortisseurs avant fuyards, traces de chocs (pas plié mais plancher enfoncé légèrement à l'avant droit et arrière droit).

Canalisations d'huile et de clims très écrasées (à changer).
La barre de protection de clim est défoncée et pliée en des angles pas très normaux , c'est juste hallucinant (j'ai oublié de shooter).

Bref, gros chantier !

Posté le :16/07/2016

Voilà, le week-end du 10/11  juillet 2016, le cabriolet sort de son dortoir pour être remis en état.
Pour le sortir, il a fallu débloquer les freins, et démarrer le moteur qui n'avait pas tourné depuis au moins deux ans, plus probablement trois ans... Bref : ça a beaucoup fumé
Mais elle a fini par démarrer, et ainsi, on a pu la monter sur le plateau facilement
Premier diagnostique : Y'a du boulot
On en saura plus la semaine prochaine, en la mettant sur le pont 

Posté le :17/06/2016

Et elles sont personnalisées aux couleurs du site et de la marque !
Commandées sur cmaplaque.fr

Posté le :12/06/2016

Histoire de changer un peu des 911 type G, et profitant du temps sec, nous avons sortie la bête ce dimanche...
Toujours sympa, ce mélange des cultures

Posté le :19/07/2015

Toute simple, en attendant les potes ! 

Posté le :27/05/2008

ceci est un test d'ajout...
N'en tenez pas compte

Photos de Dingo, dans de vieux "Option Auto".

Posté le :19/08/2006

oui, mais qu'inaugure-t-on ?
- La nouvelle version des Blog avec système de commentaires et de tri ?
- Le pyjama de Gilllou ?

Allez savoir

Attendons de voir s'il trouve les commentaires et m'en laisse un