3. Garde à vue.

Posté le : 14/06/2025 par doudi.

La femme en face m’annonce froidement, à brule pourpoint, mon placement en garde à vue à compter de cet instant, ce premier juin 2025 à 15h25, pour conduite dangereuse et mise en danger de la vie d’autrui.
Heureusement que je suis assis, sinon je crois que je me serais effondré. Je m’attendais à venir faire une déposition, on ne me demandera rien sur les faits ou les circonstances ! Le piège vient de se refermer. Invraisemblable ! Incroyable. Je suis complètement abasourdi.

Elle commence à rédiger son procès-verbal, je tente de prendre mon téléphone pour envoyer un message, mais ça ne lui échappe pas, elle me l’interdit illico.
Elle me demande ensuite mon permis et ma pièce d’identité. Tout étant dématérialisé sur mon téléphone, je lui demande donc de pouvoir reprendre mon téléphone, et lui ouvre l’application. Étonnement, elle n’est pas équipée pour décoder le QRCode, je lui ouvre donc les données supplémentaires et la laisse même manipuler mon téléphone (à regret).

Elle commence à me lire mes droits, me demande si je veux un avocat (oui), si je veux voir un médecin (non), et puis si je veux passer un appel (oui), à qui et à quel numéro. Je reprends donc mon téléphone sous sa stricte surveillance.

Je sélectionne un ami à appeler dans mes contacts, et lui donne le numéro. L’appel se fera de son téléphone, pas du mien. Notre échange dure assez peu de temps, j’essaye de lui donner un rapide résumé de la situation, d’obtenir quelques conseils, et de lui donner quelques consignes pour aider ma femme (l’informer, lui trouver un logement, lui faire appeler des amis…).

L’agent continue de taper son procès-verbal (à deux doigts, l’index d’un côté et le majeur de l’autre), puis finit par me demander de le relire en tournant vaguement son écran. Je relis, ne trouve trop rien à redire (je ne suis pas avocat), et je lui indique quand j’ai fini de lire. Elle me demande alors de le signer, ce que je décline, car je souhaite avoir les conseils d’un avocat avant de signer quoi que ce soit. Ce refus est très mal accepté, le logiciel permet de signer, ou de refuser de signer. Je ne refuse pas, je demande à voir un avocat, elle indiquera que j’ai refusé.

Aussitôt après, nous redescendons au rez-de-chaussée, où elle appellera le “chef de poste” pour me prendre en charge. C’est une autre femme, assez forte, mais pas antipathique. Ferme, mais ni agressive ni méprisante.

Je suis aussitôt orienté vers la zone des cellules, sorte de grand couloir en cul de sac, illuminé par une lumière blafarde à base de vieux néons, avec les cellules sur la gauche, une unique porte sur la droite, deux poubelles qui dégueulent de déchets, tout au fond et une table sur laquelle est posée une caisse en bois. Dans la plus grande des deux poubelles, je vois un papier façon papier cadeau (un genre papier brillant métallique or et argent). Je me dis qu’ils ont dû faire une fête d’anniversaire dernièrement et offrir un gros cadeau… (spoiler : que neni !).

Nous approchons de la table, et l’agent me demande de déposer dans la boîte tous mes effets personnels : bijoux, montre, téléphone, casquette, et d’y vider mes poches de tout ce qu’elles contiennent.
J’ai toujours les jambes un peu flageolantes, je ne comprends toujours pas comment j’en suis arrivé là. Sorte de cauchemar éveillé.

Je dépose donc mon téléphone, mes Airpods, mon alliance, mes lunettes de soleil, et ma casquette. C’est tout ce que j’ai à cet instant ! J’ai quitté la voiture en mode “léger” (short, t-shirt, chaussettes). Il me reste également la mini bouteille d’eau que m'avaient fourni les pompiers, qu’elle consent à me laisser.

Elle me demande si je veux garder mes chaussures ou si je les laisse à l’extérieur. Je ne comprends pas trop ce que ça signifie ni les implications que cela pourra avoir, mais je décide de les garder. Elle me demande alors de lui remettre les lacets. Puis elle m’ouvre une des cellules, “m’invite” à y entrer en utilisant le tutoiement, puis s’en excuse en prétextant avoir pris cette habitude avec ses “habitués”. Elle referme cette lourde porte en fer assez brutalement derrière moi, en la claquant, puis en verrouillant à double tour dans un bruit métallique très intimidant.

Premier réflexe, le “tour du propriétaire” : Au fond, en dur, un “lit” sur toute la largeur de la cellule (environ 2m). Sur le dessus de ce bloc de béton sont fixées des lames de bois, ressemblant vaguement à du parquet de chêne ancien. Et par dessus, un “matelas” d’environ 3cm d’épaisseur, en vinyl (skaï ?) marron. Ne cherchez pas l’oreiller, ni le drap du dessous, en encore moins la couette. Rien de tout ça.

En face de ce qui devra servir de lit se trouve la porte (sur la gauche), et une grande baie vitrée sur la droite, solidifiée par des grilles métalliques dont les barreaux vous dissuadent de tenter de les défoncer à coup d’épaule, et par des verres blindés doublés par du plexiglas.

Au-dessus de cet ensemble vitré, une première caméra est fixée dans l’angle supérieur gauche. Une autre est nichée au milieu de la cloison (tout en haut également), et enfin vers la droite, une deuxième niche accueille une ampoule allumée, protégée par une vitre blindée. Y sont collés des bouts de papier toilette, sans doute dans le but de limiter la luminosité (c’est très discutable, et je ne veux pas savoir avec quoi ça a été collé).

Au plafond se trouvent deux grilles, l’une du côté des parois vitrées, qui souffle fort un air qui semble assez frais, et l’autre -j’imagine- sert à l’évacuation de l’air. Le bruit du ventilateur ressemble au bruit que faisait la hotte aspirante de ma grand-mère quand elle la mettait à fond : très bruyant et un peu irrégulier. ça promet...

Les murs sont recouverts d’un (très) vieux crépis jaunâtre bien solide, on n’y trouve aucune gravure ni inscription.

Et là commence cette phase d’introspection. De solitude. De questionnement. D’incompréhension. De rage, aussi. D’attente. Les questions fusent dans ma tête, les pensées virevoltent, je me refais le film dix fois, cent fois, mille fois... Et le temps semble s’être arrêté, les minutes paraissent être des heures.

Au bout de ce qui me semble être une bonne heure, l’agent revient, et me demande de l’accompagner pour signer mon récépissé de dépôt des objets déposés précédemment dans la boîte. Elle m’amène dans un bureau sur lequel se trouve une table et un vieil ordinateur, disposant d’une souris et d’une tablette avec stylet. L’agent dresse l’inventaire de mes objets, me montre l’écran pour que je confirme, puis me demande de signer. L’inventaire est complet, je m’apprête à prendre le stylet pour signer, mais elle m’indique que ça ne marche pas avec ce logiciel, il faut signer avec la souris dans un petit cadre en bas à droite. Je me contenterai de faire une croix… Par la suite, je regretterai de ne pas avoir fait mentionner l’état des objets déposés, sans que cela prête à conséquence (heureusement).

L’agent me raccompagne ensuite à ma cellule, sans un mot, et referme aussi virilement la porte que la fois précédente.

La garde à vue est une vraie découverte pour moi. Je ne m’y étais jamais intéressé plus que ça, je pensais que cela ne concernait que les gros délinquants, les braqueurs, les assassins… Je vais donc découvrir que je fais partie de cette caste de gens pas fréquentables.

Le premier élément déroutant, c’est la notion du temps : Sans montre, sans horloge au mur, sans téléphone, sans aucune lecture, sans occupation, on perd nos repères. La lumière artificielle de la cellule et du couloir, allumée en permanence, contribue largement à ce trouble. J’ai du mal à savoir l’heure qu’il est. Finalement, les seuls points de repère temporel seront les “repas”.

Le premier me sera donc servi dimanche soir. Fin d’après-midi, début de soirée, soirée ? Aucune idée. L’agent vient ouvrir ma cellule, et me demande si je veux manger. J'acquiesce, même si en réalité, je n’ai pas faim, ces émotions m’ont clairement coupé l’appétit. Elle me demande d’abord si j’ai des allergies alimentaires, puis si je veux de la viande ou un plat végétarien. Je tente la viande.

L’agent prend note, puis referme la cellule. Environ trois minutes plus tard, elle revient avec une barquette blanche contenant deux compartiments, le genre de barquette (au moins sur la forme) que l’on trouve en supermarché, rayon plats préparés, à réchauffer au micro-ondes. En accompagnement, j’ai droit à une serviette en papier carrée d’environ cinq centimètres de côté (va pas falloir se renverser le plat sur le t-shirt), et une mini cuillère en carton, sans manche (imaginer une cuillère à soupe, sans manche, et en carton). Ne cherchez pas l’entrée ni le dessert, et encore moins la boisson. Ne nous plaignons pas, le service est compris… Avant qu’elle ne me claque la porte au nez, je lui demande si je peux passer aux toilettes au préalable (histoire de me soulager, et surtout de me laver les mains). Ce qu’elle accepte, je dépose donc mon repas sur mon "lit", et me dirige vers les toilettes.

Ils sont sur la gauche à l’entrée du couloir, je ne les avais pas remarqués lorsque j’étais entré dans ce couloir pour la première fois. En ouvrant la porte, j’ai un geste de recul. Sur la gauche, un lavabo, surmonté de deux distributeurs, le premier pour les serviettes et l’autre pour le savon. Sur la droite, perpendiculairement, les WC. Outre l’odeur, la vue de la cuvette me donne la nausée. Et la raison est somme toute assez simple : Il n’y a pas de balai (des fois qu’on s’en serve comme d’une arme). Il n’y a pas de lunette non plus, ni de couvercle, pour les mêmes raisons. La lumière est faiblarde et blafarde, l’unique ampoule en fin de vie clignote en attendant de rendre définitivement l’âme. Bien entendu, ne cherchez pas non plus le verrou pour vous enfermer, il n’y en a pas non plus. Je me soulage debout, afin d’éviter de poser mon séant sur ce trône immonde, j’hésite même à tirer la chasse de crainte d’attraper des maladies, puis je me lave les mains à fond, comme jamais je ne me suis lavé les mains. Au moins trois lavages avec double dose de savon ! J’en profite également pour faire le plein de ma bouteille, car la ventilation me dessèche, et je bois beaucoup plus que d’habitude.

En sortant, je précise à l’agent que je suis plutôt frileux, et lui demande s’il est possible d’avoir une couverture, et éventuellement des mouchoirs en papier. Elle réalise qu’elle a oublié de me donner mon kit d’hygiène, et m’informe qu’elle me l’apportera ultérieurement.

De retour dans ma cellule, il va falloir trouver une position pour manger sans trop risquer de s’en mettre partout, ni sur moi, ni sur mon “lit”, car je n’aurais aucun moyen de nettoyer. J’hésite à manger par terre, puis décide de tenter le tailleur sur le lit, en veillant à rester très vigilant et soigneux.

Le plat est un “poulet-curry avec du riz”. Le poulet baigne dans une sauce étrange, un peu gélatineuse, et est coupé en petits cubes de 5mm de côté. Je n’ai jamais vu de poulet sous cette forme, mais je tente la dégustation. Je ne prends qu’un cube, qu’il va me falloir au moins cinq minutes à avaler. Non pas que je n’ai pas envie, mais le truc ressemble davantage à une gomme en caoutchouc qu’à du poulet ! Et je cherche encore le curry… Pensant que j’étais peut-être tombé sur un mauvais morceau (on ne sait jamais), j’en tente un autre. Le verdict est sans appel : c’est dégueulasse ! Le riz, dans le deuxième compartiment, est sec de chez sec. J’hésite à y verser un peu de cette “sauce curry” douteuse. Je commence par goûter le riz sans sauce : C’est sec, comestible, mais terriblement sec. J’en mange deux ou trois petites cuillères, avant de me résoudre à ajouter un peu de sauce. C’est moins sec, mais vraiment pas meilleur. Au final, j’aurais mangé deux carrés de poulet, et quatre ou cinq mini-cuillères de riz, ce n’est pas avec ça que je risque de grossir ! Mais de toute façon, je ne peux rien avaler de plus, je dépose donc mon repas au sol, assez loin du lit, pour ne pas risquer de tomber dedans dans la nuit.

L’agent repasse un peu plus tard, pour m’apporter mon “kit hygiène” : Ce kit est composé :
- d’un paquet de 10 mouchoirs en papier,
- d’une couverture de survie (ce que j’avais pris pour un emballage cadeau dans la poubelle),
- d’un lingette multi usage de 30x20cm,
- d’une lingette pour les mains anti-bactérienne,
- d’une lingette pour le visage (à l'aloe vera),
- de deux “dentifrice à croquer”, sorte de cachet à croquer censé vous laver les dents (?).
J’en profite pour lui demander l’heure : il est passé 20 heures. Elle est assez humaine pour accepter de me répondre, ce ne sera pas le cas avec tous les agents.

Je passerai les prochaine minutes à essayer de lire les instructions sur chaque emballage de chaque lingette. C’est con, ça ne sert à rien, mais ça occupe.

Je me décide à m’allonger, n’ayant rien d’autre à faire. Je déballe la couverture de survie de son emballage, et je l'étale sur la paillasse. Je m’allonge en dessous, mais comme je ne dors pas sur le dos, l’oreiller me manque instantanément. Je tente une première option en repliant le bout du matelas, mais le vinyl est assez rigide, et surtout, ça devient vite collant et inconfortable.

Je reste stoïque quelque temps, à gamberger et ruminer, quand j’entends quelqu’un qui vient. On ouvre ma porte : Ce sont la cheffe de poste, et l’agent qui m’a signifié mon placement en garde à vue. Cette dernière me demande de la suivre, sur ce ton toujours aussi agressif et autoritaire, et ce regard méprisant. Je ne pose pas de question, je me relève, et je l’accompagne.

Nous remontons au deuxième étage, comme elle me demande de la devancer, je monte les marches comme à mon habitude : deux par deux. Je l’entend souffler et galérer à me suivre, et j’avoue en éprouver un certain plaisir.

Arrivés dans son bureau, elle me demande (ou plutôt elle m’ordonne) de m’assoir, et m’informe qu’elle a reçu un appel d’un avocat, qui prétend être mon avocat (mais qui n’est pas celui que j’avais indiqué lors de mon placement en GAV).
N’ayant aucune information, je me doute que ça vient de mes amis à l’extérieur. Comment ont-ils pu dénicher un avocat un dimanche soir ? Je me le demande. Mais visiblement, ils en ont trouvé un ! J’accepte donc qu’il soit mon conseil, et je signe cette fois son procès verbal.

Nous redescendons dans les mêmes conditions qu’en montant : deux par deux pour moi, et elle, en galère derrière, à essayer de me suivre. Je m’applique à ne pas aller trop vite afin qu’elle n’alerte pas ses collègues en pensant que je tente de m’échapper. Puis je réintègre ma cellule. La nuit va pouvoir commencer !

14 commentaires :

wb61 le 2025-06-14 :

🙁
On touche le fond ...

pat cab89 le 2025-06-14 :

Put…la gerbe.
pourquoi tant de haine pour un dépassement à droite ……. 
je n’ose pas Imaginer la suite, on touche le fond et les mots me manquent.
quand on connaît un peu Arnaud, et sa gentillesse on ne comprend vraiment pas.
courage

TRYAM76 le 2025-06-14 :

Je viens de lire ce tome 3 avant d'aller dormir, ma nuit va être agitée, je pense  !

JMP74 le 2025-06-14 :

On nage en plein Kafka ! 

Jakez le 2025-06-15 :

L'ensmble de ton histoire - quand elle aura pris fin - mériterait d'être publiée ou diffusée sur un media automobile ami ; la France pays de Droits de l'Homme (!), présomption d'innocence blablabla, clairement on repassera.

Satanas le 2025-06-15 :

Incroyable,  j'étais loin de m'imaginer une telle histoire. 
Quel connard ce flic...

neretva67 le 2025-06-15 :

Inimaginable !!!!
A 72 ans, je ne m'attendais pas à lire une telle histoire en 2025. 
Je crois qu'on touche le fond de la bêtise humaine ...
Courage Président 

6TALF le 2025-06-15 :

Surréaliste  

kaeru le 2025-06-15 :

Incroyable cette "histoire"
Je n’en reviens pas.
Bon courage Doudi.

Patrick-R le 2025-06-15 :

Si j'avais seulement imaginé que le gars que j'ai rencontré le dimanche des DD allait faire de la GAV 2j plus tard... .. .   SURRÉALISTE ! 
Cette flicaille de la honte... 

68bass le 2025-06-15 :

c'est le F de P du départ qui est responsable de tout ça . Au commissariat , ils font la procédure routinienne . C'est dément cette histoire ! on imagine la suite, comparution immédiate , méchant délinquant ...bla bla bla ...

ricket74 le 2025-06-15 :

Hello Doudi,
J'ai lu les 3 blogs, je suis abasourdi de ces récits!! Un scénario cauchemardesque !!
Cela pourrait nous arriver à tous....
Bon courage pour la suite et félicitations pour la rédaction de ces heures sombres que tu as vécu.

Pit-44 le 2025-06-15 :

C est dingue, quand c est les mecs qui font des rodéos, des manouches, des délinquants sans fois ni loi là on les voit moins mais c est tellement facile de charger des mecs comme nous ou ils ne craignent pas de s en prendre une et peuvent faire du frics  ….
Hier encore un type nous a doublé sur plusieurs km par la voie d urgence en faisant des zigzag mais personne n est intervenu … tous les jours on voit la délinquance routière (la vrai celle qui peut être criminelle) augmenter
bon courrage à toi 

jjlpvt le 2025-06-20 :

Quand c'est pour les mecs des cites étrangement ils sont moins zélés. La police et la gendarmerie est un repaire de voyou