Posté le : 17/06/2025 par doudi.
En relisant le procès-verbal de l’OPJ, j’ai donc pu voir qu’il était presque midi : l’espoir grandit encore, je me dis qu’il ne me reste qu’un peu plus de trois heures à passer dans ce bourbier.
Je tente de trouver une position la moins inconfortable possible, et je repense à tout ce qui vient de se dire, à tout ce qui vient de se passer. Je ne vois pas ce qui pourrait aller de travers désormais, la fin du cauchemar me paraît proche, je vais bientôt sortir.
Il ne me reste plus qu’une chose à faire : attendre, attendre, et attendre encore. Un peu moins de trois heures et vingt-cinq minutes.
L’heure du déjeuner arrive : un gardien plutôt sympa, que j’avais eu le premier jour, vient me demander si je veux manger, et me donne le choix entre un couscous boulghour ou un riz méditéranéen. Pour un peu, je me crois au restaurant, je mange à la carte ! Je lui demande des détails sur les plats en question (composition, signification de “boulghour”), il est bien incapble de me répondre. La seule chose qu’il saura me dire, c’est que ce sont des plats végétariens l’un comme l’autre, c’est tout ce qu’il leur reste.
Ça me va bien, vu mon expérience de la viande, j’aime autant prendre du végétarien, je risque moins d’être déçu. Je commande donc le couscous, le riz de la veille m’étant resté un peu trop en travers de la gorge. J’hésite à lui demander l’apéro auparavant, mais finalement je renonce, je m’abstiens de faire de l’humour, et encore moins de l’ironie.
Le couscous m’est livré quelques minutes plus tard, toujours accompagné de sa micro-serviette en papier, et de sa cuillère en carton. Toujours deux compartiments, l’un avec le boulghour, l’autre avec ce qui ressemble à une sauce gélatineuse, contenant ce que je suppose être des brisures de légumes… Pas franchement appétissant, mais on va faire contre mauvaise fortune bon coeur, faut bien se nourrir un peu. La barquette doit faire dans le 300 grammes maxi, je n’ai malheureusement pas l’emballage pour détailler sa composition, et la seule mention imprimée sur l’opercule est un numéro de série : ce n’est pas avec ça que je vais pouvoir lire tout l’après-midi…
Petite parenthèse au passage : pour ceux qui -comme moi- ignore ce qu’est le boulghour, c’est une forme de semoule à base de blé tendre, alors que la semoule est à base de blé dur. Subtil…
Je commence par goûter le boulghour : c’est sec, mais pas mauvais. Ça ressemble quand même vachement à de la semoule ! Bon, c’est plutôt une bonne chose : je vais pouvoir grignoter un peu. Sans sauce, c’est quand même vraiment sec. Je vais finalement versé un peu de ce jus bizarre censé contenir des légumes sur mon boulghour. Je suis bien incapable d’identifier le moindre légume dans cette sauce, c’est dingue ! Je me demande vraiment où ils se procurent ces plats préparés, mais ce qui est sûr, c’est que même dans le plus discount des supermarchés les plus bas de gamme, on ne trouve pas de produit aussi immonde. Si on veut nous passer l’envie de moisir en garde à vue, la bouffe peut suffire à remplir la mission !
Je mangerai à peine un quart de mon boulghour, et tout au plus deux petites cuillères de sauce étalée sur le boulghour. Et je n’ai pas de sensation de faim. En même temps, vu l’exercice que je fais, il ne faut pas s’étonner !
Une fois le déjeuner mis de côté, je le dépose -comme la veille- au sol, éloigné du lit. Car le programme de l’après-midi est assez simple : Sieste digestive en attendant 15h25, l’heure de la fin de la garde à vue.
Le temps passe lentement, je m’abstiens d’appeler le gardien pour lui demander l’heure, je ronge mon frein et je serre les dents, avec un seul objectif en tête : sortir !
A nouveau, je me cherche des occupations, mais mes pensées reviennent systématiquement aux événements récents, et en particulier, aux mensonges de la partie adverse, aux fausses déclarations, aux faux symptômes médicaux. Je suis outré, dégouté, mais je n’y peux rien. Je dois juste attendre, encore et encore… Et espérer.
A force de boire, il arrive ce qui doit arriver : j’ai envie d’aller aux toilettes. J’appelle donc le gardien, toujours en frappant à plusieurs reprises, crescendo, sur la porte de ma cellule, jusqu’à ce qu’il vienne à ma rencontre. Coup de bol, c’est encore un des flics sympa.
Je lui explique que j’ai besoin d’aller aux toilettes, et au passage, devinez quoi ? Ben oui, je lui demande l’heure ! Il m’annonce qu’il est 15 heures. Je jubile intérieurement, et au retour dans ma cellule, je vais littéralement compter les secondes et les minutes. 25 minutes par 60 secondes, ça en fait, des secondes (1500, pour les nuls en math’ !). Je suis toujours plus ou moins bien aidé par ce ventilo qui tourne de manière irrégulière, et ayant des ratés toutes les 50 secondes environ (données non garanties !).
Quand arrive 15h20 (à ma montre mentale), la femme qui m’a placé en garde à vue le dimanche arrive dans le couloir des cellules, et fait ouvrir ma cellule au gardien :
Monsieur Maillard, suivez-moi.
Vu le ton employé, ma confiance se fissure. J’ai le sentiment qu’il se passe quelque chose, sans certitude, mais le fait qu’elle ne m’annonce pas ma libération sur le champ me laisse perplexe.
Cette fois, elle passe devant, m’empêchant ainsi de monter deux par deux. Nous arrivons à son bureau, elle m’ordonne de m’asseoir, s’installe à son tour et…
Jakez le 2025-06-18 :Non... Ils vont prolonger la garde à vue ???!
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wb61 le 2025-06-18 :Après 48 heures , ça pue effectivement...
JOJOLABRICOL le 2025-06-18 :Lecture stressante, on imagine mal une suite favorable en effet...il y a du talent dans le récit à l'instar d'un chapitre d'un thriller, Musso n'a qu'à bien se tenir!
A la différence c'est que là... c'est du vécu!
Il y avait un film Américain (dont je ne sais plus le nom) avec un scénario un peu similaire, à la fin le héro arrive à se faire justice et les méchants sont confondus.
je crois en une justice immanente (pas celle des hommes), la vérité éclate tôt ou tard et celui qui a fait du mal le paye d'une façon ou d'une autre.