6. L’OPJ.

Posté le : 16/06/2025 par doudi.

Mon avocat sort du bureau et me demande de l’attendre, afin d’éviter des problèmes supplémentaires. Il interpelle un agent pour qu’on vienne nous chercher. De nouveau, c’est l’agent qui m’a mise en garde à vue qui viendra. Nous montons au deuxième étage, dans le bureau de l’OPJ qui nous attend.

L’homme est un quinqua qui semble affable, ni agressif ni méprisant, solide sur ses appuis, barraqué mais vraiment pas antipathique. En découvrant la décoration de son bureau, aucun doute, c’est un sacré supporter de football (une écharpe de l’Olympique de Marseille accrochée derrière son bureau, plusieurs affiches de l’équipe, des fanions, et page A4 scotchée, composée d’un gros doigt d’honneur légendé par “FUCK LE PSG”. Je trouve ça particulièrement déplacé et vulgaire, mais je m'abstiens de tout commentaire.

Mon avocat m’avait briefé : Le mec va essayer de gagner ma confiance, commencer par des questions sans rapport avec l’affaire, “tâter” un peu à qui il a affaire, me mettre en confiance pour me faire parler, puis aborder l’affaire dans le détail. Jusqu’à la fin de l’entretien, mon avocat ne pourra pas dire un mot, ne pourra pas me conseiller, ni même me faire un signe de tête pour acquiescer ou refuser, il n’aura le droit de parler que lorsque l’OPJ le lui indiquera.

Et c’est grosso-modo ce qu’il se produira : il commencera par des questions d’ordre un peu générales (mon identité, celle de mes parents, d'où je viens, ce que je fais comme métier, ce que je faisais à Lunéville…), puis il me demande de lui donner ma version des faits, de m’expliquer ce qu’il s’est passé.

Encore une fois, je m’applique à faire des phrases courtes, à bien respirer entre chaque phrase, et à rester strictement cohérent dans mes propos par rapport à ce que j’ai pu dire jusque là. Comme je n’ai menti à aucun moment, à aucun agent, ça ne me pose aucun problème. Je déroule les faits, il demande parfois des précisions, il y va même de son petit commentaire pour dire que ça arrive à tout le monde de s’énerver au volant, surtout quand quelqu’un vous agace et vous bloque le passage. J’aurais presque pu le trouver sympa et compréhensif, à cet instant, si je n’avais pas gardé en tête qu’il essayerait d’endormir ma vigilance, et de me faire parler pour me faire avouer d’éventuelles autres choses. En même temps, je ne vois pas ce que j’aurais pu dire d’autre, je n’ai toujours raconté que ce qui s’était réellement passé, et déjà, ce faisant, je reconnais avoir déjà bien merdé.

Bien entendu, il y va quand même de son couplet moralisateur (que j’accepte volontier, car au fond, je suis assez d’accord) : “Vous vous rendez compte que ça aurait pu mal tourner ? Que le chauffeur derrière vous aurait pu mal réagir, donner un coup de volant pour vous éviter, percuter l’usager de la voie de droite, et finir en tonneau ? Vous savez, quand il faut aller ramasser les cadavres lors d’accidents de ce type, ce n’est pas joli joli, vous avez eu de la chance…” etc etc. Ça n’a pas duré trop longtemps, mais j’ai accepté sans sourciller. Et au fond c’est assez vrai, ça aurait pu mal tourner. Sauf qu’en freinant, je surveillais mon rétro, et quand il était proche, j’ai relâché les freins. Je précise à l’OPJ qu’il a également relâché les freins (j’ai bien vu le nez de sa voiture se relever), puis il a accéléré pour venir me percuter. Ce sera indiqué dans son procès-verbal, mais il me précise que c’est ma parole contre la sienne, et comme il est agent de police assermenté…


L’OPJ me demande ensuite si j’ai voulu prendre la fuite. J’écarquille les yeux, je réponds instantanément :
- Jamais de la vie, je suis même resté constamment du côté passager de ma voiture, auprès de ma femme !”.
L’agent sort alors une feuille de papier, la parcours jusqu’au passage qu’il cherchait, et me lit une partie de la déclaration de l’autre chauffeur : Il déclare que j’ai cherché à fuir, et qu’il a dû faire intervenir son ami pour qu’il aille mettre sa voiture devant la mienne pour m’en empêcher. Je tombe de nues, j’hallucine totalement. Sur le coup, je suis à deux doigts de m’emporter (encore). Je conteste formellement, je répète que je n’ai pas bougé un seul instant du côté passager, sauf une fois pour aller ouvrir le coffre de ma voiture, mais je n’ai pas à monter dedans pour le faire. J’ose préciser que c’est un mensonge, mais ce ne sera pas retenu, ni même mentionné…

L’OPJ m’informe enfin que les parties adverses se sont vues prescrire huit jours d’ITT chacuns (mari et femme) par le médecin des pompiers qu’ils ont vu sur le lieu de l’accident. Monsieur a une entorse au poignet, et madame a une entorse aux cervicales. Mes jambes flageolent ! Je suis à deux doigts d’hurler et de les traiter de f… d… p… en criant dans le bureau ! Le mec, en sortant de sa voiture, se pavanait, gesticulait, faisait des aller-retours en téléphonant de sa main droite, m’agressait verbalement, il n’avait pas l’air d’avoir mal le moins du monde. D’ailleurs à aucun moment il ne l’a mentionné. Idem pour sa femme, qui nous a également salement agressé verbalement (“salaud de Porschiste, avec votre bagnole vous avez des bien meilleurs freins que nous, vous auriez pu nous tuer…etc etc”), elle non plus ne se tenait pas le cou au moment ! Ni même après. J’ai bien des photos pour le prouver, mais je n’en parle pas, car en réalité, ça ne prouverait rien, on me répondra que je ne suis pas médecin… J’ai compris comment ça marche, maintenant…

Une fois ma déposition terminée, l’OPJ demande à mon avocat s’il a des questions complémentaires.

Il en a deux :
- Est-ce que, lorsque j’étais derrière lui, je savais que la personne devant était policier ?
- Non, il n’y avait aucun signe, aucun indice, c’est une voiture ordinaire, sans autocollant, ni marquage, sans gyrophare.
- Une fois que vous vous êtes arrêté, est-ce qu’il a fait état de son statut de policier ?
- Oui, c’est même la toute première chose qu’il a faite, il a ouvert son porte carte, m’a annoncé qu’il était policier, et il a instantanément demandé à ce que je lui sorte mes papiers.

L’OPJ mentionne les questions et réponses, il reprend la déclaration de la partie adverse, et lit le passage où le mec indique qu’il n’a jamais sorti sa carte de policier, n’a jamais fait valoir son statut ! Je bouillonne, je fulmine, évidemment -le moins que je puisse faire- je lève les yeux au ciel, je fais des “non” de la tête, mais à quoi cela servirait-il de chercher à la contredire : encore une fois, c’est sa parole contre la mienne. Je l’ai dans le c**, et bien profond.

L’OPJ termine la rédaction de son procès verbal (il utilise 4 doigts pour taper, lui, c’est déjà mieux), puis il me demande de le relire pour confirmer qu’il est conforme à mes déclarations. Je le relis (j’en profite pour regarder l’heure sur la barre de tâches), rien ne me choque particulièrement, même si je le trouve un peu “à charge”, mais les grandes lignes et ce que je considère comme mes principaux arguments sont bien présents (la circulation sur la voie de gauche, le doigt d’honneur, la provocation, la circulation constante à la hauteur du véhicule sur la voie de droite, et le fait qu’il ait ré-accéléré pour me percuter).

Mon avocat demande à l’OPJ quel est le procureur de service, ils échangent quelques mots à son propos, je retiens juste que c’est un type sérieux, rigoureux dans ses enquêtes (il demande les preuves de tout, il veut des dossiers complets et bien ficelés), quelqu’un de droit et -apparemment- de juste.

Comme chantait Lara Fabian, “j’y crois encore”.

L’entretien se termine, mon avocat me fait un petit signe de tête accompagné d’un sourire qui semble vouloir dire que ça c’est bien passé, que je n’ai pas dit de connerie. Et on nous raccompagne au rez-de-chaussée.

Une fois en bas, mon avocat me salue, et je suis dirigé vers ma cellule.

10 commentaires :

JOJOLABRICOL le 2025-06-17 :

Édifiant, cauchemardesque!, ce scénario de mensonge est exactement arrivé à mon pote Luc (membre ici) et qui t'a déjà contacté...cette flicaille pourrie qui n’hésite pas entre copains à échafauder des plans pour bien te bai..er...c'est vraiment dégueulasse de régler ses comptes perso par le biais de son statut de soit disant "personne assermentée", certains en usent et en abusent, des ripous sans conscience qui gangrènent nos institutions au plus haut sommets.
 

wb61 le 2025-06-17 :

Ce bleu n'est pas à son premier essai, tout est bien ficelé, à un tel niveau que je me demande si ta caisse n'avait pas été repérée pendant notre weekend 🤔.
Maintenant l'objectif est de la récupérer rapidement, mais va falloir patienter jusqu'à la sentence...
Tiens bon , courage 😉

undy le 2025-06-17 :

Ce qui me chagrine dans cette histoire est le fait de rester honnête. Aucune chance avec la partie adverse qui use et abuse de son "pouvoir".
Ainsi le coup de frein aurait pu être donné pour des tas d'autres raisons. C'est à nouveau parole contre parole.
Je crains la suite

SebastienH le 2025-06-17 :

C'est glaçant 

nico66 le 2025-06-17 :

Bonjour Doudi,
J'interviens peu sur le site mais le témoignage que tu nous délivres m'a bouleversé car j'imagine ton état psychologique ainsi que celui de tes proches. J'aurais certainement réagi comme toi... 
Que cette expérience nous fasse réfléchir à l'avenir si l'on venait à être confrontés à des circonstances similaires.
Tout mon soutien.

DC78 le 2025-06-17 :

Bonjour,
Je découvre tes blogs et suis atterré par ce que je lis...Malheureusement ce n'est pas le premier exemple où la police abuse de ses pouvoirs. Bon courage à toi

111LiR-911 le 2025-06-17 :

Tel que décrit pour le moment, ça fait vraiment penser à un coup monté... la préméditation de la voiture en travers, etc.
Ce n'est pas bon signe pour la suite :(
Dans un cas comme celui-là, est-ce qu'un avocat comme DUFOUR à Paris ne serait pas un choix judicieux (même si le cout pourrait être relativement important) ...mais là, le risque de sanction grave, me semble, encore bien plus ! :'(
Comment des choses pareilles peuvent arriver ? le mot cauchemarde, prend tout son sens. 

JMP74 le 2025-06-17 :

Franchement, comment l'OPJ peut trouver cohérentes les foulures invoquées alors même que la type G n'aucun stigmate du choc infligé à l'arrière...

JMP74 le 2025-06-17 :

Une foulure ça doit quand même se voir à l'œil nu et à plus forte raison sur une radio. Il faudrait une contre expertise médicale urgente mais c'est déjà peut-être trop tard...

bastos675 le 2025-06-17 :

c'est assez fou cette histoire... 
Je ne sais pas si (et aussi comment) il est possible de contester les dire d'une personne assermentée ? J'imagine que sans "preuve tangible" et incontestable par défaut celui-ci a raison...