Posté le : 15/06/2025 par doudi.
La matinée tire en longueur. J’ai tendance à rester allongé, car aucune position assise ne m’est confortable. Le dossier vertical me casse le dos, le “matelas” me casse le cul, la position en tailleur me tire sur le nerf sciatique, bref aucune position n’est vraiment confortable. J’arrive à trouver une position intermédiaire en pliant le matelas en deux, une partie me servant de dossier, l’autre d’assise. Ça va un temps, puis je change souvent de position, histoire de ne pas -en plus- se chopper des escarres.
Avec l’autre détenu, on alterne les pauses WC pour moi, et WC et clope pour lui, en attendant le déjeuner. Je ne dirait pas que ça distrait, mais ça rythme un peu la matinée.
Lors d’un passage aux toilettes, je prends quand même le temps de faire un brin de toilette. J’ai utilisé les lingettes, alors je me contenterai d’enlever mon t-shirt, de me mouiller les mains, de prendre un peu de savon à main, et de me débarbouiller les zones sensibles. Puis de me sécher avec les serviettes en papier.
Sans rien avoir à faire sous la main, on revient à nos racines : Pour ma part, j’ai toujours bien aimé les chiffres, alors je compte les carreaux (et les barreaux), je révise mes tables de multiplication (jusqu’à 12), je tente même de compter les secondes et les minutes en me calant sur la ventilation irrégulière… Je tente de retrouver les paroles de quelques chansons… ça n’en finit pas, et mon esprit revient constamment à l’accrochage, et à cette situation ubuesque.
En milieu de matinée, la femme qui m’a placé en garde à vue me rend une petite visite, pour m’informer que mon avocat sera là d’ici une demi-heure, et qu’ensuite je devrais aller faire ma déposition devant l’officier de Police Judiciaire (OPJ). Toujours aussi “gracieuse” et “souriante”... Je me permets ici l’ironie que je n’ai (heureusement) jamais utilisée là-bas…
L’espoir renaît : je vais enfin voir quelqu’un qui devrait être de mon côté. Enfin une bonne nouvelle.
Je continue de compter les minutes et les secondes… C’est définitif, je compte trop vite : lorsque j’ai fini de compter mes 30 minutes, l’avocat n’est toujours pas là. Il faudra patienter encore…
Quand il arrive enfin, on vient m’ouvrir, et on m’oriente vers un bureau tout proche dans lequel il m’attend. On m’informe que nous avons 30mn, pas une de plus. Puis on nous enferme dans ledit bureau.
Nous nous serrons la main, nous faisons les présentations, puis nous nous asseyons, et l’entretien va pouvoir débuter. Je cherche à rapprocher ma chaise du bureau, mais je m’aperçois rapidement qu’elle est fixée au sol. Ah ben oui, des fois que je m’en serve comme objet contondant…
La première chose qui me surprend, c’est la jeunesse (au moins apparente) de mon avocat. On dirait un jeune avocat tout droit sorti de l’école, un jeune commis d’office qu’on envoie au front sans expérience de la guerre.
Très propre sur lui (très beau costume, belle cravate en soie, pompes en cuir brillantes comme un miroir, besace en cuir de qualité, iphone 16 pro max, montre de luxe…), il présente bien, ce qui n’est pas franchement rassurant concernant la facture finale…
Il me demande de lui raconter ce qu’il s’est passé, afin de bien comprendre, car à ce stade, il ne dispose d’aucune pièce, d’aucun dossier, il sait juste que je suis en garde à vue pour des motifs de “mise en danger de la vie d’autrui” et de “conduite dangereuse”.
Je lui expose donc ce que je vous ai raconté dans le premier chapitre. Il fait un croquis pour bien comprendre, me pose quelques questions pour être bien sûr d’avoir tout compris. Il m’avoue être assez stupéfait de ma situation, et ne pas trop comprendre qu’on en soit arrivés là. Pour lui, le fait que la partie adverse soit un flic doit sans doute être le facteur aggravant de ma situation.
Il m’explique ensuite ce qui devrait se passer par la suite : Je vais être présenté à l’OPJ pour faire ma déposition, qui transmettra au procureur. Puis si tout va bien, je devrais être libéré à la fin des 24 heures de la garde à vue. A la suite de quoi, plusieurs scénarios seront possibles :
la police fait les constats, je risque une amende, et fin de l’histoire.
Le procureur veut aller plus loin, il demandera une suspension de permis en plus de l’amende, on enclenche une procédure “CRPC” (comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité), et fin de l’histoire.
Je refuse la CRPC, et on va au tribunal. Je risque une amende plus grosse, un retrait plus gros, mais on n’en est pas là, et cette option n’est pa encore envisageable.
Afin de me préparer à ma déposition, il me recommande d’exposer les faits de la même manière que je viens de le lui faire, en se concentrant uniquement sur les faits, rien que les faits : pas de jugement, pas de critique, pas de sentiment ni de sensation. Il me recommande également de rester calme, courtois, et de bien prendre le temps de répondre, de ne jamais me précipiter. Et surtout, d’être constant dans mes déclarations. Ce que j’ai pu raconter la veille aux agents de police doit en tous points correspondre à ce que je vais raconter aujourd’hui. S’il y a des variations, ils mettront en doute ma parole, et ça pourra être pire. Il m’invite à reconnaître les faits qui me sont reprochés, à faire un mea-culpa, et à faire le dos rond.
Il me confirme ensuite mes soupçons concernant la voiture : elle a bien été mise en fourrière. Mais elle n’est pas (encore) saisie. Il se veut rassurant de ce côté, pour lui rien ne justifierait la saisie définitive (spoiler : lui aussi, il n’a rien vu venir, à cet instant).
Je lui demande également s’il a des nouvelles de ma femme, il me réconforte en me précisant qu’elle a trouvé à se loger à proximité chez un ami. J’en pleure de joie, l’émotion est très intense à cet instant, j’ai l’impression que le cauchemar prend bientôt fin et je lui en suis reconnaissant.
Il me donnera aussi quelques conseils et recommandations concernant la garde à vue : elle est faite pour nous affaiblir, pour nous humilier, nous dégrader, il faut donc essayer de rester fort. Il faut aussi se méfier de tout le monde, car “tout ce que vous direz pourra se retourner contre vous”. J’en prends bonne note.
J’ose quand même lui demander de me rassurer quant à son expérience, car il me paraît vraiment très jeune (je le lui demande en prenant un maximum de précautions pour ne pas le vexer). Il se montre à nouveau rassurant, en m’expliquant qu’il a déjà sept ans d’expérience en tant qu’avocat pénaliste, et qu’il maîtrise à la fois son sujet, et qu’il connaît plutôt bien les interlocuteurs locaux (OPJ, procureurs, et juges). Il sera donc à même de bien me défendre. Je décide donc de lui faire confiance et le lui confirme.
Je l’interroge enfin sur ses honoraires, même si ce n’est pas la première de mes préoccupations, mais j’appréhende de savoir combien ça va nous couter : Cash, il me répond qu’une défense pour une garde à vue est forfaitaire à 1200€ (mille deux cents euros), et que la défense au tribunal est à 1500€ (mille cinq cents euros). Ça pique, mais j'acquiesce (ai-je vraiment bien le choix ?).
Avant d’aller voir l’OPJ et de mettre fin à notre entretien, je lui demande une dernière faveur : L’heure ! Ça peut vous paraître obsessionnel, mais c’est un repère qui permet d’envisager la fin du tunnel : Plus je me rapproche des 15h25, plus l’espoir grandit. Il est -à cet instant- 11h25. Plus que quatre heures à tenir (spoiler : je me mets le doigt dans l’oeil !).
wb61 le 2025-06-15 :La solidarité doudistique va se mettre en route , on ne peut pas te laisser dans ce bourbier 💪
lucky-sc le 2025-06-15 :Eh oui... Vu qu il y a un paragraphe 1ère nuit j ai commencé à imaginer qu il y allait y en avoir une seconde... 😮
68bass le 2025-06-16 :Pfff !, mais quel cauchemar !
noir mat le 2025-06-16 :Hallucinant ! !
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JOJOLABRICOL le 2025-06-16 :Il faut une sacrée force de caractère pour endurer ça, on s'en rend bien compte en te lisant....j'espère que l'issue de cette douloureuse mésaventure sera en ta faveur Doudi.
Satanas le 2025-06-16 :Incroyable ton histoire. ton témoignage vécu de l'intérieur fait froid dans le dos. Merci pour ton récit, ça mériterait presque d'être édité sous forme d'une nouvelle, car encore une fois, n'importe qui d'entre nous aurait pu être à ta place... ça fait vraiment réfléchir...
Je comprend que l'histoire est loin d'être terminée mais comment peut-on en arriver là? A partir du moment ou tu a reconnu les faits, qu'il n'y a pas eu de rebellions, pas d'outrage à agent, et encore moins de refus d'obtempérer, ces agents de police n'ont pas eu un minimum de bons sens pour te laisser partir après un bon rappel à l'ordre (et éventuellement une belle amende?)??
aubelix 14 le 2025-06-16 :c'est VRAIMENT un beau pays , la france ...... et quand je pense qu'il y en a encore pour se gargariser du systéme actuel .......
planplan19 le 2025-06-16 :Bonsoir Arnaud je suis en train de lire ton histoire et cela me fait froid dans le dos. Je me suis retrouvé moi aussi au poste pour excès de vitesse + 6 mois de etrait mais avec des gens qui au final faisaient leur boulot et étaient "charmants". Rien à voir hélas avec a situation.