Posté le : 18/06/2025 par doudi.
- Monsieur Maillard, nous attendions les résultats de l’IMJ, les “victimes” ont reporté leur rendez-vous en fin d’après-midi. Dans ces conditions, le procureur a décidé de prolonger votre garde à vue.
Là, c’est le ciel qui me tombe sur la tête. Au fond, je suis réellement dévasté, mais je n’en montre rien, je regarde mes chaussures, partagé entre l'effroi et la rage qui me ronge. Heureusement que les armes ne sont pas en vente libre, j’ai des envies de meurtre.
Je demande quand même de quoi on parle, là :
- L’IMJ ?
Elle me répond qu’il s’agit de l’Institut Médico Judiciaire, les “victimes” doivent passer devant un médecin de la justice afin de refaire un diagnostic de leurs “symptômes”. Elle m’informe que leur RDV est repoussé aux alentours de 17h (ben tiens, comme par hasard), et donc qu’en toute logique, on devrait avoir les résultats en fin d’après midi, et par conséquent pouvoir me libérer à cette issue. Je crève d’envie de lui répondre “mais bien sûr, et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d’alu”, mais évidemment, je n’en fais rien : je suis persuadé que les “victimes” (j’ai envie de gerber quand j’entends ce mot pour la première fois, et toutes les fois suivantes, y compris là en l’écrivant) ont tout fait pour reporter leur rendez-vous, afin de s’assurer que je reste le plus longtemps possible en garde à vue. Ce flic connaît parfaitement les rouages de la justice, il sait pertinemment ce qu’il fait, en toute connaissance de cause. Sans doute bien aidé et conseillé par quelques collègues bien zélés également, d’ailleurs.
Je comprends alors que je suis sans doute reparti pour 24h de plus, en tout cas je m’y prépare, car je doute fortement de la bonne foi de cette femme (qui se montre d’ailleurs toujours aussi méprisante et agressive). Et je me retiens d’écrire quelque chose de beaucoup plus vulgaire quand je parle d’elle, croyez-moi.
Elle rédige donc un nouveau procès-verbal de prolongation de GAV, qu’elle me fait relire. C’est truffé de fautes, et issu d’un mauvais copier-coller, tout est au féminin, je lui en fait quand même corriger quelques unes, puis je fini par accepter de signer.
Elle m’informe ensuite que la procédure veut qu’on me prenne mes empreintes et des photos : je vais être fiché dans un fichier dont j’ai oublié le nom. En gros, je fais désormais partie du grand banditisme. Je ne sais pas si je dois en être fier ou honteux, surtout quand je mets en perspective avec ce pour quoi je suis là (un dépassement par la droite et un coup de frein, faut-il le rappeler ?).
Elle me descend donc au premier étage, et appelle une de ses collègues pour procéder aux relevés. A ce stade, je trouve ça plutôt étrange, car mes empreintes, ils les ont déjà, puisqu’avec les cartes d’identité modernes, elles sont déjà relevées. Mais je vais rapidement découvrir que ça va beaucoup plus loin.
La femme qui sort de son bureau est jeune, et d’un physique plutôt athlétique. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle ne sera pas communicative le moins du monde. En dehors des consignes, elle ne me dira pas un mot.
Nous commençons par entrer dans une salle rectangulaire d’une 10aine de mètres carrés, avec une armoire métallique à gauche, une table haute dans le prolongement, un vieux lavabo rectangulaire en céramique blanche sur le mur du fond, et un grand trépied pour appareil photo contre le mur de droite. Elle se dirige vers la table haute, et commence à préparer son matériel : une feuille de papier A4, et une espèce de grand tampon encreur. Elle enfile une paire de gants en caoutchouc, me demande d’approcher, et m’explique qu’elle va prendre mes empreintes, un doigt après l’autre, qu’il faut que je me laisse faire (ou plutôt que je la laisse faire), sans opposer de résistance, juste me laisser aller. Nous commençons par la main droite, elle me colle le pouce contre le tampon encreur en appuyant fermement et en prenant bien soin d’élargir la pression sur chaque côté du doigt, puis elle m’amène le pouce vers la feuille de papier A4, et vient le dérouler à l’emplacement prévu. L’empreinte est nette et sans bavure.
Elle réitère avec mes neufs autres doigts, de la même manière, et toujours sans un mot. Je pense en avoir fini, mais non : Elle va ensuite me plaquer la paume de la main contre le tampon, et prendre les empreintes de mes paumes. Si je dois commettre un délit un jour, faudra vraiment que je mette une combinaison intégrale !
Elle me désigne ensuite le lavabo au fond de la salle, et m’indique qu’il y a du savon à côté. Je dois m’y reprendre à cinq fois pour faire partiellement disparaître les traces d’encre, cette saloperie est tenace, et j’en garderai des traces un bon moment.
Une fois les mains à peu près propres, nous passons à la séance photo. Tels les grands criminels, on me fait poser devant une grille millimétrée, et elle me photographie de face, de profil, et de trois quarts. Cette fois, je suis bel et bien fiché “grand délinquant”. Je suis abasourdi, dépité, et dans le désarroi le plus total. Le moral redescend au niveau des chaussettes, voire plus bas…
On me redescend et on me remet en cellule. L’après-midi va être longue et particulièrement déprimante… Je ne me fais plus aucune illusion sur le déroulé des prochaines 24 heures.
Je m’allonge en essayant de me détendre, et de m’évader -au moins psychologiquement- en pensant à ma famille, aux vacances, aux bons souvenirs… je ne vous le cache pas : dans ce contexte, ça ne marche pas aussi facilement que ça… pour ne pas dire “pas du tout” !
Quelques heures plus tard, mes envies physiologiques se réveillent. J’appelle le gardien par la méthode habituelle, qui ne tarde pas à arriver. C’est toujours le gentil, je vais donc pouvoir lui demander l’heure : il m’informe qu’il est 18h15. J’avais donc raison de penser que je ne sortirai pas à 18h, tous ces fonctionnaires sont sans doute rentrés chez eux, il ne se passera plus rien avant demain matin. Du moins, rien qui ne concerne mon affaire…
wb61 le 2025-06-18 :Tellement bien raconté !
Je ne connaissais pas tes talents d'écrivain, j'aurais bien aimé les connaître dans d'autres circonstances ...
slap shoot le 2025-06-18 :Au vu de la prose , je me demande si cela ne pourrait pas intéressé quelques journalistes un peu " fouille -merde qui peut-être pourraient débusquer là , un comportement ou une partition musicale très bien rodée de la part du fonctionnaire ..... comportement à visée de ce qu'il est commun d'appeler des "bénéfices secondaires indus" , voir un système impliquant plusieurs de ses collègues , tant ce que tu racontes est improbable .