Mais pourquoi elle tombe en panne? La Théorie du Chaos appliquée à la Type G...

Posté le : 10/05/2014 par banban.

Comme vous tous, ma voiture a un carnet d'entretien, un historique assez limpide, j'ai les factures des principales interventions, un entretien relativement méticuleux, peu de kilomètres, je respecte les temps de chauffe, bref tout est maîtrisé.
Mais, elle pose parfois soucis quand même...

Pourquoi un goujon casse parfois à 60.000 km alors que d'autres sont intacts à 300.000 ??? Ce sont les mêmes pièces, fabriquées au même endroit au même moment dans le même alliage par la même machine avec la même méthode et les mêmes seuils de tolérance. Alors, une idée?

La Théorie du Chaos !

Je resterai assez généraliste sur ce concept, qui a pris beaucoup d'ampleur dans les années 70.

LAPLACE - Le Déterminisme Triomphant :

Fort des succès obtenus en mécanique céleste, Laplace écrit en 1814 dans l’introduction de son Essai philosophique sur les probabilités :

« Nous devons donc envisager l'état présent de l'univers comme l'effet de son état antérieur, et comme la cause de celui qui va suivre. Une intelligence qui pour un instant donné connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent, si d'ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ses données à l'analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l'univers et ceux du plus léger atome : rien ne serait incertain pour elle, et l'avenir comme le passé serait présent à ses yeux.

L'esprit humain offre, dans la perfection qu'il a su donner à l'Astronomie, une faible esquisse de cette intelligence. Ses découvertes en Mécanique et en Géométrie, jointes à celle de la pesanteur universelle, l'ont mis à portée de comprendre dans les mêmes expressions analytiques les états passés et futurs du système du monde. En appliquant la même méthode à quelques autres objets de ses connaissances, il est parvenu à ramener à des lois générales, les phénomènes observés, et à prévoir ceux que des circonstances données doivent faire éclore. Tous ces efforts dans la recherche de la vérité tendent à le rapprocher sans cesse de l'intelligence que nous venons de concevoir, mais dont il restera toujours infiniment éloigné. Cette tendance propre à l’espèce humaine est ce qui la rend supérieure aux animaux; et ses progrès en ce genre distinguent les nations et les siècles, et font leur véritable gloire. »

POINCARE - L'imprédictibilité :

Environ un siècle après Laplace, Poincaré écrit dans l'introduction de son Calcul des Probabilités un texte dont la tonalité est fort différente de celui de son illustre prédécesseur. C'est entre 1880 et 1910, que Poincaré, qui cherche à prouver la stabilité du Système solaire, découvre un nouveau continent issu des équations de Newton et jusqu'alors inexploré.

« Comment oser parler des lois du hasard ? Le hasard n'est-il pas l'antithèse de toute loi ? Ainsi s'exprime Bertrand, au début de son Calcul des probabilités. La probabilité est opposée à la certitude ; c'est donc ce qu'on ignore et, par conséquent semble-t-il, ce qu'on ne saurait calculer. Il y a là une contradiction au moins apparente et sur laquelle on a déjà beaucoup écrit.

Et d'abord qu'est-ce que le hasard ? Les anciens distinguaient les phénomènes qui semblaient obéir à des lois harmonieuses, établies une fois pour toutes, et ceux qu'ils attribuaient au hasard ; c'étaient ceux qu'on ne pouvait prévoir parce qu'ils étaient rebelles à toute loi. Dans chaque domaine, les lois précises ne décidaient pas de tout, elles traçaient seulement les limites entre lesquelles il était permis au hasard de se mouvoir. […]

Pour trouver une meilleure définition du hasard, il nous faut examiner quelques-uns des faits qu'on s'accorde à regarder comme fortuits, et auxquels le calcul des probabilités paraît s'appliquer ; nous rechercherons ensuite quels sont leurs caractères communs. Le premier exemple que nous allons choisir est celui de l'équilibre instable ; si un cône repose sur sa pointe, nous savons bien qu'il va tomber, mais nous ne savons pas de quel côté ; il nous semble que le hasard seul va en décider. Si le cône était parfaitement symétrique, si son axe était parfaitement vertical, s'il n'était soumis à aucune autre force que la pesanteur, il ne tomberait pas du tout. Mais le moindre défaut de symétrie va le faire pencher légèrement d'un côté ou de l'autre, et dès qu'il penchera, si peu que ce soit, il tombera tout à fait de ce côté. Si même la symétrie est parfaite, une trépidation très légère, un souffle d'air pourra le faire incliner de quelques secondes d'arc ; ce sera assez pour déterminer sa chute et même le sens de sa chute qui sera celui de l'inclinaison initiale. »

« Une cause très petite, qui nous échappe, détermine un effet considérable que nous ne pouvons pas ne pas voir, et alors nous disons que cet effet est dû au hasard. Si nous connaissions exactement les lois de la nature et la situation de l'univers à l'instant initial, nous pourrions prédire exactement la situation de ce même univers à un instant ultérieur. Mais, lors même que les lois naturelles n'auraient plus de secret pour nous, nous ne pourrions connaître la situation qu'approximativement. Si cela nous permet de prévoir la situation ultérieure avec la même approximation, c'est tout ce qu'il nous faut, nous disons que le phénomène a été prévu, qu'il est régi par des lois ; mais il n'en est pas toujours ainsi, il peut arriver que de petites différences dans les conditions initiales en engendrent de très grandes dans les phénomènes finaux ; une petite erreur sur les premières produirait une erreur énorme sur les derniers. La prédiction devient impossible et nous avons le phénomène fortuit. »

BANBAN - Le Chaos appliqué à la Type G :

Un esprit bien structuré, qui connaît énormément de lois physiques, les érigeant en dogme avec une certitude absolue, ne tolèrera pas le "petit grain de sable" qui va rompre tout cet édifice parfait et immuable. Et c'est là que le Chaos tient sa place : on ne peut pas tout maîtriser, il y aura toujours des variantes infimes que nous ne connaissons pas ou ne maîtrisons pas (exemple des seuils de tolérance).
Pour décrire un modèle, on s'efforce d'être pédagogue, donc de présenter un modèle simpliste pour faciliter la compréhension, on vulgarise en quelque sorte, passant à la trappe certaines variables d'importance moindre. Les spécialistes ont donc pour rôle de connaître le maximum de ces variables négligées par les autres.
La science avance, améliorant la connaissance de l'univers, affinant les choses petits à petit.

La Type G ne déroge pas à cette théorie du chaos, bien qu'elle soit un produit abouti - en son temps - avec une fiabilité convaincante, mais pas parfaite (car rien ne l'est). On a beau prendre la meilleure huile, les boulons de chez Poil, la faire refaire chez le meilleur mécano, un jour ou l'autre, il y aura problème.

Cette prédictibilité du chaos est utilisée en partie pour l'étude de l'obsolescence programmée des pièces de rechange, qui se mesure essentiellement sur l'usure naturelle, mais le chaos est à prendre en compte (pourquoi un filament d'ampoule fond au bout de 50 heures et pas 10000 h comme prévu, alors qu'une autre de la même série va en faire 20000?).

En conclusion, quand tous les paramètres que nous connaissons sont maîtrisés, que la voiture est entretenue et utilisé dans les règles de l'art (on peut dire aussi en conformité avec les connaissances scientifiques actuelles), parfois une pièce casse, sans raison apparente, ne cherchez plus :
C'est le CHAOS